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Cannes : accélération en vue

des municipales de 2014...

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Un dossier vieux de plusieurs années mettant en cause Roch Tabarot, le frère ainé du député maire du Cannet ressort opportunément tandis que trois employés municipaux de Cannes, étaient placés ce jour en garde à vue dans le cadre d’une enquête pour détournements de fonds publics.

Comme dans une bonne série télévisée, les enquêteurs se plaisent à le répéter : il n’y a pas de coïncidence ! On observe que d’un côté, une attaque est dirigée en direction de la secrétaire générale de l’UMP, maire du Cannet et député, Michèle Tabarot dont le frère cadet Philippe est candidat aux élections municipales cannoises de 2014 ; de l’autre, la mise en examen de trois employés de mairie à Cannes, ce qui ne peux manquer de ternir l’image du maire Bernard Brochand, qui, s’il ne se représente pas, postulera s’il est élu sur celle de David Lisnard, à la présidence de l’intercommunalité Les Pays d’Azur.

On peut s’étonner (mais doit-on ?) que l’affaire espagnole concernant Roch Tabarot ressurgisse ainsi. Michèle Tabarot, déjà attaquée, avait déclaré ne pas être mêlée aux soucis judiciaires de son frère aîné. Cette fois, l’attaque est plus frontale et la met, elle et son frère cadet, en cause. Ils auraient pu bénéficier, selon Médiapart, d’un financement illicite de leurs campagnes respectives. Scandalisés, les deux intéressés se défendent et pointent du doigt leurs adversaires politiques. Pour rester dans le style série policière, on peut donc se poser la question : à qui profite le crime ?

Ceux en situation de se réjouir sont nombreux. Au niveau national d’abord où la promotion de Michèle Tabarot au poste de secrétaire générale de l’UMP a dérangé nombre de prétendants. Puis au niveau départemental où, en choisissant de soutenir Jean-François Copé, les Tabarot se sont trouvés isolés, d’abord à l’est où le couple Estrosi/Ciotti avait choisi François Fillon et à l’ouest où la guerre entre Philippe Tabarot et Bernard Brochand/David Lisnard a atteint le point de non retour. Quoique en matière de non retour, on a pu voir - les yeux écarquillés de stupeur - l’ennemi déclaré du député maire de Cannes, Henri Leroy, maire de Mandelieu la Napoule et CG, virer complètement de bord.

À cette attaque en règle destinée à déstabiliser la sœur et le frère, le développement d’une affaire visant l’Association des Amis du maire (de Cannes) vient jeter un trouble sur le bon fonctionnement interne de la mairie. Sont en effet pris dans les filets de la justice grassoise, deux conseillers spéciaux salariés de la mairie, Daniel Alessio et André Taddeï qui fut durant toute la durée du premier mandat de Bernard Brochand, le directeur de cabinet du maire. Début mai, des perquisitions dans les locaux de la mairie et de leur domicile avaient été diligentées par le juge d'instruction de Grasse, Jean-Pierre Murciano qui soupçonnait des faux en écriture, des détournements de fonds publics...

L’affaire semblait au point mort et certains anticipaient déjà un enterrement de première classe. Mais le juge ne leur a pas donné raison et vient aujourd’hui de mettre en garde à vue trois personnes qui pourraient être liées à ce dossier, le DRH de la mairie, la compagne de Daniel Alessio et un autre employé municipal du service garage. Sans préjuger des résultats de l’enquête, il est clair que cette publicité ne dore pas le blason de la majorité en place. Même si David Lisnard n’a jamais caché son peu d’affinité avec Daniel Alessio et André Taddeï (allant même, lors du second mandat, à suggérer au maire de remplacer ce dernier par un de ses proches, Franck Scarlatti, au poste de directeur de cabinet), il ne peut décemment, après avoir participé aux premières loges aux deux mandatures, botter en touche : C’est pas moi, c’est l’autre, l’autre étant son mentor...

Reste maintenant à observer la couverture médiatique des deux informations et la façon dont elles seront commentées. Pour l’instant, l’accent est mis sur les tribulations des Tabarot. Ce choix éditorial est-il un hasard, une... coïncidence ?

Toujours par rapport à la presse, la publication du sondage Nice-Matin/CSA (500 personnes interrogées), a jeté quelques doutes sur sa pertinence. Très astucieusement distillé, le quotidien laissait d’abord apparaitre comme un potentiel gagnant Philippe Tabarot en annonçant qu’il était selon les sondés, la personnalité la plus connue. Pour le lendemain, donner nettement l’avantage à David Lisnard à propos des intentions de votes des Cannois. On est obligé dans le contexte actuel (la fragilité des supports papiers) de s’interroger car il pourrait exister des liens entre les grands pourvoyeurs d’annonces publicitaires institutionnelles et les directions, cela sans mettre en cause les journalistes qui sont des salariés exécutant le mieux possible le travail qu’on leur demande de faire.

Ce combat pour le pouvoir, car c’est bien de cela dont il est question ici, nous réserve encore quelques surprises. Un combat qui ressemble à un duel. Et là, ce n’est plus de séries télévisées américaines dont il est question mais de westerns ! Un « O.K. Corral » version Croisette, en compétition pour un... Siège en or.

NDL : un flash de l’AFP (22h19) annonçait que « en fin de journée, les trois personnes mises en garde à vue sont ressorties libres après avoir été entendues par des enquêteurs mais pas par le juge d'instruction. »