Rudy Ricciotti : le parcours d’un

combattant...

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L’homme qui a vu l’homme qui a vu l’architecte se défoule dans un pamphlet, véritable réquisitoire sur les chausses trappes qui guettent les hommes de l’art.

 - Rudy Ricciotti -

Introduit par David d’Equainville, Rudy n’y va pas par quatre chemins. À  61 balais, il a beaucoup à dire et s’épanche. Dans son cabinet, les tables de dessins et les tés s’activent depuis des décennies. Rudy a décroché des contrats prestigieux, remporté des concours qui l’étaient tout autant, sans se priver de construire des habitations individuelles de prestige... Il a jonglé ici et là avec les budgets institutionnels, s’est pris la tête avec les fonctionnaires et les décideurs politiques de droite comme de gauche. Cela lui a donné parfois des boutons et des aigreurs d’estomac. Ce qui ne l’a pas empêché d’accepter de recevoir la Légion d’honneur, la médaille d’officier de l’Ordre National du Mérite...  

Comme il le disait à Julie Nicolas dans le Moniteur : « L’architecture redeviendra une discipline politique ». Quand est-ce qu’elle a cessé de l’être serait-on tenté de lui demander ? Sans doute lorsqu’elle ne s’est pas préoccupé d’urbanisme, qu’elle n’a pas tiré des plans sur la... comète.

Rudy Ricciotti aurait pu être mon camarade d’école si ses parents avaient choisi Cannes plutôt que Bandol (dans les années 60, j’avais comme voisin une famille de pieds-noirs juste débarquée comme la sienne de Kouba, près d’Alger). Il a définitivement la culture du sud, de la Méditerranée, du soleil et aussi du... béton auquel il avoue une sorte... d’admiration sans faille (c'est préférable). Comme d’ailleurs cet autre camarade d’enfance, Pierre Fauroux, architecte lui-aussi et lui aussi maintes fois confronté aux représentants de nos chères institutions... que ce soit des élus capricieux ou des administratifs pointilleux.

Dans cet ouvrage un rien polémique et beaucoup provocateur, Rudy répond aux questions insidieuses de David (il est là pour ça le bougre) et en profite pour régler quelques comptes et dévoiler ses... plans. Il dénonce ainsi le pragmatisme commercial d’une architecture de supermarché qui répand partout les mêmes formes au détriment de la spécificité des territoires alors que c’est de la différence que naît la richesse. Il parle du salafisme architectural dominant les constructions contemporaines : une architecture qui refuse les signes de toute expression personnelle, pratiquant ainsi une forme d’exclusion contre les projets qui ne s’inscriraient pas dans le strict respect d’un minimalisme utilitaire à l’anglo-saxonne..

Le voilà brocardant la fourrure verte dont se drapent tous les tartuffes au chevet de l’environnement avec comme étendard la norme HQE (Haute Qualité Environnementale), alors qu’ils massacrent les savoirs faire des constructeurs, l’économie locale et la nature qu’ils prétendent défendre. Ou quand, plus loin, il constate le caractère pervers de cette norme qui oblige à importer beaucoup d’éléments comme ces énormes moteurs de climatisation qui, de plus, font circuler l’air vicié. Exemple parmi tant d’autres de la prolifération indécente de règles et cadres normatifs mise en place sans aucune concertation sur les réalités du métier. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’analyse critique de la profession d’architecte telle qu’il la vit concerne la société tout entière.

- le Musée Cocteau - Menton -

Rudy Ricciotti, Grand Prix national d’architecture. Ses réalisations lui ont valu une notoriété internationale avec des œuvres où le béton, sa matière de prédilection, récuse avec vigueur les oukases d’une modernité devenue standardisée : Stadium de Vitrolles, Centre chorégraphique national d’Aix-en- Provence, Philarmonique de Postdam, passerelle de la Paix à Séoul, musée Cocteau à Menton (ci-dessus)...

- L'architecture est un sport de combat - Rudy Ricciotti - Entretien avec David d’Equainville - Collection Conversations pour demain - 96 pages bien senties - 17 € -