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Cannes : des soupçons de corruption malvenus

pour la majorité municipale.

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Une seconde perquisition ordonnée par le juge Jean-Pierre Murciano a dérangé l’argumentaire ressassé par le député-maire Bernard Brochand venu, dit-il, en 2001 faire le ménage à Cannes et en chasser les « quarante voleurs ».


Sans préjuger des résultats de l’enquête qui s’annonce longue et difficile, on peut faire confiance au juge pour mener à bien cette affaire. Difficile d’imaginer que les présomptions n’aient pas été fortes pour que les perquisitions de mai dernier aient donné lieu à un supplément d’enquête. Habitué aux dossiers sensibles, lui qui avait fait tomber Michel Mouillot, l’ancien maire de la cité des Festivals, fera-t-il trébucher Bernard Brochand et par ricochet son successeur désigné David Lisnard ?

Le secret de cette nouvelle descente des gendarmes à la mairie annexe et au Baôli, avait été très bien gardé. Effet de surprise oblige, ni la police ni bien évidemment l’administration municipale, ni les élus, n’en avaient eu vent. Si cela avait été le cas, il est à parier que le maire n’aurait pas interpellé une semaine avant le président de l’UMP, François Copé pour se plaindre avec véhémence du refus des instances parisiennes de délivrer la précieuse et symbolique investiture à son poulain et protégé. Avec parmi son argumentaire le fait que depuis son entrée en fonction en 2001, il avait nettoyé la ville où « régnaient une corruption généralisée et des pratiques mafieuses ». Il n’hésitait pas plus tôt à évoquer dans Nice-Matin « le cercle vertueux » qu’il avait construit avec David Lisnard.

Bernard Brochand appréhende une campagne où s’affrontent deux UMP qui se retrouvent à égalité face à leur électorat. Il craint qu’elle soit violente. Mais pour l’instant, c’est bien lui qui a ouvert les hostilités, et pour l’instant Philippe, Philippe Tabarot et son équipe n’ont pas répondu à la violence (verbale) de ses attaques par la violence. Cela suffira-t-il à calmer le jeu ? Rien n’est moins sûr !

En attendant, les deux perquisitions ont fait l’effet d’une douche froide pour la majorité municipale déjà alertée par celles de mars dernier. La mise en examen du conseiller spécial Daniel Alessio n’augure rien de bon, quand à celle d’André Taddeï, il semble qu’elle ait été retardée par un malaise qui a nécessité son hospitalisation. Il sera difficile de nier le fait que les deux conseillers mis en cause par la justice étaient très proches de Bernard Brochand, en particulier durant tout son premier mandat. L’un était son chef de cabinet et l’autre son conseiller spécial dont le bureau était à quelques mètres à peine du sien.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Daniel Alessio avec qui nous entretenions des rapports cordiaux et dont le fondateur du magazine Paris Côte d’Azur, Fernand Dartigues, n’eut en son temps qu’à se féliciter de ses qualités d’entregent. On peut dire que l'homme connait la ville comme sa poche, taxis, pêcheurs, journalistes, notables, hôteliers et restaurateurs (il avait longtemps été le président à cette époque, de la puissante UPRL). Un agent électoral parfait qui ne fut pas pour rien dans l’élection de Bernard Brochand en 2001, lui faisant rencontrer tous les gens qui comptaient à Cannes. Ce dernier, une fois élu, lui en sut gré et lui proposa un poste de conseiller spécial aux fonctions assez... vagues. Néanmoins pas un cadeau de tout repos car, chargé... d’arranger les choses et de calmer les mécontents (promesses non tenues, demandes de renvoi d’ascenseur...), il était très sollicité. Durant toute cette période il suivit le maire comme son ombre et participa au plus près à toutes ses sorties officielles.

Nous soupçonnons qu’il ait pu hésiter à suivre Bernard Brochand sur son second mandat, fatigué par la charge, tout occupé aussi à développer l’association « Les Amis du Maire ». D’autant que la dynamique avait changé. David Lisnard, devenu premier adjoint, avait... encouragé le maire à changer son chef de cabinet pour le remplacer par Franck Scarlati (jusqu’alors à la Communication), l’entourant par des hommes à lui, et s’emparant peu à peu des commandes et du pouvoir.

L’ex chef de cabinet, André Taddeï, ne fut pas totalement oublié et se retrouva dans l’organigramme de l’Association des Amis du Maire. C’est d’ailleurs principalement sur les activités de cette collaboration entre le président et le trésorier que le juge Jean-Pierre Murciano enquête. Les charges sont lourdes : abus de confiance, trafic d’influence passif, complicité de détournement de fonds publics. Si elles se confirmaient, il est plus que probable que d’autres personnes soient alors concernées.

Le versant « politique » a de quoi tracasser la majorité. Ne parle-t-on pas de financement occulte de campagnes électorales or justement les élections approchent. Même si le haut de l’édifice n’était pas directement touché, le mal est fait, la crédibilité atteinte. En effet : ou on ne sait pas et on passe alors pour un naïf, une qualité peu prisée dans le milieu ou, à l’insu de son plein gré, on sait, et c’est pire. 

David Lisnard sera-t-il atteint par les affaires ? Si le premier adjoint n’a jamais entretenu de rapports privilégiés avec les deux personnes inquiétées par la justice, c’est peut-être sur le dossier du Baôli qu’il devra se garder. L’établissement de nuit de la Croisette, situé au Port Canto, fait parti des généreux donateurs des Amis du Maire. Le fait qu’il ait obtenu une concession de trente ans, intrigue le juge.

La majorité municipale a demandé à la Mairie de se porter partie civile pour avoir accès au dossier et se plaint de n’avoir toujours pu prendre connaissance de son contenu. Mais le peut-elle vraiment si les noms de membres de son équipe et de son administration étaient mentionnés ?