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Côte d’Azur : les vignes du seigneur,

à l’ombre de l’Abbaye de Lérins...

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Survivance d’une époque où l’église catholique partageait avec les rois de France le pouvoir temporel, la délicieuse île Saint-Honorat, est un territoire défendu avec l’ardente foi qui caractérise les moines de l’Abbaye. Ils ne sont plus qu’une poignée à cultiver la vie intérieure et les vignes du seigneur. Si leur démarche spirituelle est intime et secrète, leurs actions pour valoriser leur vignoble sont notoires.

Hier, à Cannes durant le G20, les moines ont pu avec une fierté non feinte et légitime, promouvoir leur dive bouteille devant un parterre d’hommes et de femmes parmi les plus puissants au monde... Autre preuve de reconnaissance de ce travail très terre à terre, la présence sur les cartes des vins de nombreux restaurants azuréens de leurs plus beaux millésimes.

L’autre jour, le Père Abbé, Vladimir Gaudrat avait donné son accord pour recevoir la presse spécialisée internationale. Au programme, présentation et dégustation des derniers millésimes, visite du vignoble et des installations, déjeuner dans le seul restaurant de l’île. Après un bref et captivant résumé historique sur la présence de la congrégation sur les îles de Lérins et dans le pays cannois par le Père Abbé, ce fut au tour de Frère Marie-Pâques de mettre en exergue le travail accompli et l’ambition affichée de produire de grands vins. En effet, si la tradition remonte à des temps fort éloignés, cela fait 20 ans que la décision fut prise d’engager d’importants travaux. Reprenant à leur compte le principe de la vinification parcellaire qui aurait été inventée justement par des moines cisterciens, de nouveaux cépages furent plantés, Clairette, Chardonnay, Viognier, Syrah, Mourvèdre, Pinot Noir.


- Frère Marie Pâques et le frère maître de chai dans le Clos de la Charité -

Les huit hectares du vignoble sont cultivés en raisonné limitant au maximum l’usage de pesticides et fongicides ; les rendements limités volontairement (par la pratique des vendanges vertes, élimination des grappes surnuméraires) à 45 hectolitres à l’hectare. Si la terre, riche en calcaire et magnésium est un facteur de typicité, le climat particulier à l’île, joue un rôle prépondérant. Il donne ses caractéristiques uniques à ce vin de Provence. En effet, les gelées sont rarissimes tandis que l’ensoleillement est exceptionnel. Il pleut à Mougins et sur La Croisette, il fait beau à Saint-Honorat... Mais c’est surtout l’influence de la mer et des embruns qui sont ici prépondérants. Dès le début de soirée, une couche d’air humide enveloppe l’île et les... vignes tandis que la végétation méditerranéenne qui ceinture les cultures, les protège des vents dominants qui, à l’intérieur des terres, assèchent souvent trop vite les raisins.

Les œnologues invités se plièrent sans se faire... prier, à l’exercice de la dégustation. Pas moins de sept cuvées pour ce millésime 2010 furent présentées dans une des salles du monastère fortifié tourné vers le large dans l’attente d’invasions sarrasines... :

Saint Pierre, à la robe jaune or aux reflets roses (80 % clairette, 20 % chardonnay), 23 € -
Saint Cézaire, très minéral, de la chaleur et du gras (100 % chardonnay), 52 € -
Saint Cyprien, une première édition de ce vin blanc vieilli en fût neuf (100 % viognier), 215 € -
Saint Honorat, un rouge très fruité et épicé (85 % syrah, 15 % mourvèdre), 33 € -
Saint Sauveur, présente un bel équilibre entre alcool et acidité (100 % vieilles syrah), 42 € -
Saint Lambert, superbe couleur rubis sombre, légèrement boisé (100 % mourvèdre), 120€ -
Saint Salonius, récemment mis en bouteille, ce 100 % pinot noir ne demande qu’à exprimer ses arômes complexes... 190 € -

Il ne fait aucun doute que les moines de l’Abbaye ont su faire preuve de beaucoup d’esprit d’entreprise pour entretenir et faire fructifier leur patrimoine. Les résultats sont là, très positifs. Les vins se vendent bien, dégageant des bénéfices qui ont ainsi permis la restauration des bâtiments et des 6000 mètres carrés de toitures. Le prix des flacons, assez élevé par rapport à la concurrence, est justifié par les moines qui ont fait leurs calculs. Les choix des techniques, les investissements consentis... amènent le prix de revient de chaque bouteille aux alentours de 20 €. Quant au plaisir de faire plaisir, il n’a pas de prix évidemment, d’autant que c’est pour une noble, pardon, une sainte cause.

Un déjeuner à l’ombre de La Tonnelle fut pour tous l’occasion de vérifier les accords mets-vins. Sur le thème « Terre & Mer », le chef Arnaud Ronxin s’employa à marier les productions locales à d’autres, plus exotiques :

Risotto Carnaroli cuisiné au Saint-Cézaire et foie gras Laffite,
Noix de... Saint-Jacques snackées, truffes du Domaine d’Argens râpées en salle,
Canard en deux cuissons, la poitrine juste cuite, pomme boulangère aux champignons des bois, un jus court au gras,
Poire belle Hélène cuite à la Lérina jaune (liqueur faite à l’Abbaye), glaces artisanales des Hautes Alpes.


Un parcours sans faille qui conclût d’agréable façon cette visite où le spirituel fut toujours en filigrane !