Agora Côte d'Azur :

Les 30 ans d'une radio à contre-courant...

C'est le nouveau nom de cette radio associative basée à Grasse mais qui possède trois fréquences dans les Alpes-Maritimes. Nous avons rencontré les deux personnalités historiques : Gilbert Andruccioli, le fondateur et Vicky Berardi, la directrice de la rédaction. Une interview sans langue de bois signée Philippe Dejardin.


 

- Vicky Berardi avec Gilbert Andruccioli - photo © Jean-Luc Thibault -

Gilbert, comment un professeur de maths a-t-il eu l'idée de créer cette radio ?

J'étais aussi adjoint aux affaires culturelles de Grasse lors de l'explosion des radios libres. Il ne restait plus qu'une fréquence dans notre secteur sur la bande FM. Pour créer une radio associative qui rassemble la quasi totalité des associations culturelles, il fallait le faire tout de suite.

Vous avez dû défendre votre fréquence en 1983...

Peu de temps après avoir été battus aux municipales par nos adversaires de 1977, nous avons retrouvé la police municipale devant nos locaux pour nous en interdire l'accès et nous jeter à la rue. Le maire avait voulu en faire sa radio et laisser croire à la continuité en copiant notre ancienne appellation «  Grasse FM, la radio du pays de Grasse » par « La radio du pays de Grasse ». Nous avons finalement pu récupérer notre fréquence.

Vous en avez été le fondateur et êtes toujours là trente ans après...

Je suis un peu cinglé mais terriblement passionné par cette radio et la vie de l'association. Notre volonté est de participer au dynamisme associatif et social, un monde qui n'intéresse pas les grands réseaux. Notre force et notre slogan, la proximité. Aucune contrainte commerciale car pas de publicité à l'antenne.

Pensiez-vos tenir trente ans ?

Je ne me suis jamais posé la question. J'ai commencé comme trésorier et je ne suis président que depuis une quinzaine d'années. Mes responsabilités dans cette radio m'ont amené à la présidence des radios associatives du Sud-Est (je le suis toujours), à celle de la Confédération nationale des radios libres et à siéger au sein de la Commission du Fonds de soutien à l’expression radiophonique. Je n'ai plus de responsabilité nationale mais je connais l'ensemble des radios associatives de France.

Vicky, peut-on considérer Agora comme un OVNI dans le paysage radio ?

(Rires) Plutôt un Objet Radio Très Identifié avec maintenant trois fréquences sur Grasse, Nice et Menton, ce qui nous permet de couvrir une zone allant du Var à l'Italie sans oublier le Net. Pendant les trois premières années, ce fut Grasse FM puis Agora FM jusqu'à ces jours-ci. Nom que nous avions adopté pour éviter toute confusion après le « coup de force » de la mairie de l'époque, le 5 mai 1983, qui nous a amené jusqu'au procès, neuf mois après, que nous avons gagné. Le CSA vient de nous octroyer l’appellation «  Agora Côte d'Azur ».

On a même essayé de vous racheter...

C'est NRJ qui m'a appelée un mois de mars alors que j'étais toute seule à la rédaction pour demander à me rencontrer afin de racheter la fréquence. J'ai rigolé en répondant que nous n'étions ni à vendre ni à acheter mais la personne m'a fixé rendez-vous le 1er avril. Lorsque je raccroche, je pense que c'est un canular et je n'en parle pas à ma direction sauf que le 1er avril les gens d'NRJ sont arrivés avec un très gros chèque (1MF à l'époque soit « cent patates » !) et les responsables de la radio ont refusé.

Vous êtes vraiment une radio à part...

À contre-courant. Dérangeante oui car on ne caresse pas forcement les politiques dans le sens du poil. Ce sont mes questions et ce sont leurs réponses, je n'ai jamais subi de pression. Lorsqu'ils viennent, ils ont en face d'eux une vraie journaliste professionnelle (CP N° 57902). Nous sommes subventionnés par le Fonds de soutien à l'expression radiophonique et comme nous sommes sur la commune de Grasse, nous bénéficions d'une subvention seulement depuis l'arrivée du maire actuel Jean-Pierre Leleux en 1995.

Quelle est la place des langues régionales à l'antenne ?

Nous avions la langue d'Oc mais la personne qui s'en occupait est partie et nous n'avons pas trouvé de remplaçant, si quelqu'un veut reprendre, je suis partante tout comme pour l'italien. Agora Côte d'Azur est une radio de proximité ouverte sur le monde. La première émission réalisée par les bénévoles en 1982 était en portugais, elle est toujours présente et j'ai vu passé trois générations. Nous en avons aussi en espagnol.

Et la place de la culture ?

Près de 80% des programmes. Nous avons des émissions sur le cinéma, trois par semaine sur la littérature avec en plus une Agorascopie par jour sur une autre Acteur de la vie culturelle des Alpes-Maritimes.

Depuis trente ans, vous avez interviewé les personnes les plus diverses...

Je suis toujours partie du principe qu'il n'y avait pas de petite ou de grande interview. Je passe autant de temps sur le dossier de presse, dans la préparation mais jamais je ne prépare mon interview avec mes intervenants, personne ne sait avant de quoi nous allons parler. Je suis une des seules à encore travailler en direct et cette spontanéité représente de l'or.

Mais tout cela n'aurait pu se faire sans deux personnages...

Ils ont changé ma vie professionnelle et ma vie tout court. Le premier c'est Albert Moreau, le président de la MJC Altitude 500 qui m'a embauché alors que j'étais éducatrice dans le service municipal de la Petite enfance. En me croisant dans les couloirs de la MJC il m'a dit que j'avais le profil pour travailler dans la radio libre qui venait d'être créée. Après un mois d'essai, j'ai démissionné de mon précédent poste. Comme je n'étais pas journaliste, j'ai commencé par faire de l'animation. Comme il ne m'avait pas embauchée pour faire du « pousse-disques », il a appelé son ami Alain Le Gall, journaliste, qui a travaillé pour l'INA, monté un tas de radios en Afrique et été à l'origine des « radios pirates ». Ce fut la seconde rencontre déterminante, celle de cet homme génial qui m'a appris le métier de A à Z, que j'ai suivi partout pendant six mois. Au terme de cette formation il m'a offert sa réglette de montage et m'a dit « Bon vent Vicky ».


Propos recueillis par Philippe Dejardin




- en plein direct au Théâtre de Grasse...   -

  • Dans le cadre de son 30e anniversaire Agora Cote d’Azur organise une grande soirée « Diner/Spectacle de Flamenco » Samedi 10 novembre à l'Espace Chiris à Grasse à partir de 19h30. Pour la 1ere fois l’authentique tablao vibrera dans le Pays grassois dans la pure tradition andalouse. Au programme : Paella géante-Tapas-Sangria et sur la scène : Luis de Almeria y su Cuadro Flamenco (3 chanteurs - 2 guitaristes - 1 cajon - 3 danseurs) avec la participation de Fathia La Morita. Réservations : 04 93 36 84 85 - Diner/spectacle 25 €