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Quand travailler mène au suicide...

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C’est presque l’hécatombe dans certains milieux et corps de métiers. Le mal-être conduit à des états dépressifs que les mauvaises conditions du travail déclenchent ou sont la cause. Partout dans le monde et pour des raisons très variées, des travailleurs se suicident. Au Japon, la pression est telle que certains immeubles de bureaux ont des grilles aux fenêtres et comme si cela ne suffisait pas, des filets sont installés pour récupérer les désespérés...

Chez nous, le harcèlement au travail est chose courante et ne date pas d’hier. Mon père, né en 1912, dirait volontiers que c’était pire avant, lui qui a été quelques mois derrière le guichet d’une banque marseillaise et travaillé ensuite dans une entreprise de transport maritime, savait de quoi il parlait.

On sait aussi que les conditions de travail de nos salariés et de nos fonctionnaires n’ont rien à voir avec celles de leurs collègues indiens, sud-américains ou chinois. Mais, les faits sont là, têtus. Il y a malaise, il y a des gens déstabilisés, qui n’ont plus de points de repères, qui souffrent de ne pas être écoutés, qui ont perdu espoir. Des ouvriers, des salariés, des fonctionnaires à qui on demande de travailler plus, pour gagner moins (dans la mesure où ils auront à travailler plus longtemps) et pour qui l’allongement de l’espérance de vie n’est pas une excuse. La preuve, ils en viennent à commettre l'irréparable !

Mais est-ce vraiment une consolation de savoir qu’avant c’était pire et qu’ailleurs c’est moins bien ? Ces dernières années, la rubrique des faits divers s’est malheureusement alourdie de nombreuses annonces de suicides, souvent sur les lieux de travail. Gendarmerie, Police, France Télécoms, Renault, ont eu leurs morts. Un arbre qui cache la forêt car combien de drames dans le privé passent complètement inaperçus ! La forêt justement, les agents de l’Office National des Forêts la connaissent bien… et c’est d’eux dont on parle (un peu) aujourd’hui. Quatre suicides en moins d’un mois, c’est beaucoup pour croire au hasard et à la simple coïncidence. La ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, évoquait hier une « forme de solitude » pour expliquer ces suicides. C’est un peu court quand même que d’attribuer ces actes désespérés à une mélancolie professionnelle qui serait due à la fréquentation de la nature…

Pour les syndicalistes du SNUPFEN solidaires, il faut chercher ailleurs les raisons de ce malaise caractérisé mais plutôt dans le désengagement de l’État dans ce secteur d’activité. Oui, les forestiers se sentent isolés et surtout ignorés. Vingt quatre suicides ces dernières six années, ça fait beaucoup ! Beaucoup de suppressions d’emplois, de management dictatorial et des orientations politiques, imposés par un gouvernement en recherche d'économie budgétaire et qui semble en panne d'inspiration en ce qui concerne la vision à long terme de la forêt française. Les forestiers s’attendent d’ailleurs d’ici à 2016 à 700 suppressions d’emplois. Or, comment bien géreer, comment, avec moins d’agents sur le terrain, faire face aux multiples tâches et responsabilités qui incombent à ces fonctionnaires, pour l’immense majorité d'entre eux, passionnés par leur métier ? Comment avec moins faire plus ou au moins aussi bien ? C’est chose impossible et c’est sans doute ce triste constat qui jette les gardiens et les gestionnaires de la forêt dans le doute et dans une angoisse qui n’est pas qu’existentielle. On le sait, ces hommes et ses femmes aiment la nature, la forêt et tout ce qu’elle abrite. La France qui a la chance de posséder cet immense et inestimable patrimoine, a le devoir de le protéger et d’en tirer le meilleur parti dans le respect des hommes qui l’habitent et des équilibres nécessaires à la conservation de la biodiversité !

On ne peut pour l’instant que constater l’échec des autorités à faire passer leur message et à convaincre les professionnels que c’est le bon choix. Inlassablement, les gardes forestiers posent la question, la seule qui compte à leurs yeux : Quelle forêt pour nos enfants ?

Alain Dartigues