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La star Manaudou vole la vedette aux nageurs de compétition en monopolisant les médias...

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Catégorie Les paradoxales

Sans nager une seule longueur lors du meeting de natation Open EDF qui se tenait à Paris le week-end dernier, Laure a éclipsé les performances des nageurs venus du Brésil, des USA et de... Nice. Pourtant les temps et les confrontations valaient le déplacement et étaient riches d’enseignements dans la perspective des prochains Championnats du monde à Shanghai, du 16 au 31 juillet.

Nagera-t-elle à nouveau et participera-t-elle à de grandes compétitions, J.O. et autres championnats nationaux et internationaux ? Rien n’est moins sûr car, comme l’australien Ian Thorpe dit La Torpille (qui lui aussi a capté l’attention des journalistes sans pour autant nager), rien n’est fait, rien n’est gagné et pendant une aussi longue absence des bassins, la natation mondiale a progressé, technique de nages, entrainement, abandon des combinaisons… Mais peu importe, pour les médias, le plus important c’était ce week-end de parler de Laure et de Ian, de faire tout un plat de l’annonce qu’ils pourraient bien retrouver le chemin des piscines. C’était le buzz qu’il ne fallait pas louper, sachant que derrière, il y a tout un biz, biz comme bussiness.

Pour revenir aux nageurs, il se confirme que les sprinters français sont parmi les meilleurs au monde mais que la concurrence est rude, les récents résultats des Championnats australiens sont décoiffants. Le mari de Laure, Frédérick Bousquet, aura fort à faire pour décrocher une médaille sur le 50 mètres crawl et encore plus de battre son copain d’entrainement aux USA, Cesar Cielo qui semble pour l’instant au dessus du lot. Alain Bernard a déçu et s’est déçu. Est-il sur la pente descendante ou n’est-t-il pas encore dans la phase d’affutage ? Le talentueux dossiste Camille Lacourt paye sa pipolisation. Il s’est fait plaisir et assure son avenir. Difficile de lui en vouloir. Ils sont si peu nombreux à atteindre la popularité nécessaire pour intéresser les sponsors. Et pourtant ils nagent, ils nagent et ne regardent que le fond des bassins, avec, il faut bien le dire, un travail hors de l’eau de plus en plus conséquent.

Côté popularité, il y a des inégalités qui tiennent à des impondérables pas toujours explicables, ni mérités. Ainsi Kiki Caron n’avait eu qu’une médaille d’argent aux J.O. de Tokyo en 1964 mais elle a marqué les esprits et presque un demi siècle après, on s’en souvient. Les médias ont soif de vedettes, ils les fabriquent sur des critères opportunistes. Ils raffolent des polémiques, quitte à les entretenir voire à les créer, les pimentant de détails croustillants, crus ou salés et montent en épingle de simples anecdotes. Tout ça fait vendre du papier et du temps d’antenne. Personne ne s’en plaint, pas même les fédérations sportives qui ont besoin qu’on parle d’elles. Tant pis si au final, cela nuit aux athlètes qui n’arrivent pas à trouver le calme et la distanciation nécessaire pour donner le meilleur d'eux-même lors des grandes confrontations.

D’ailleurs, on peut se poser la question : n’y a-t-il pas sur ce sujet une forme d’exception culturelle à la française ? Dans les sports amateurs comme la natation, il n’y a pas beaucoup de pays qui parlent des athlètes comme nous le faisons, peu de pays qui mettent ainsi, de façon pas toujours appropriée le focus et la pression sur eux. Avec trop souvent pour conséquence des contre-performances. L’accent qui a été mis les semaines passées sur la polémique, maladroitement lancée par Alain Bernard, reprise par Camille Lacourt sur le choix de Yannick Agnel d’être ou non présent dans le relais 4 fois 100 mètres crawl aux Championnats du monde, en est un malheureux exemple, tout comme la reprise en boucle de la rentrée supposée de Manaudou à la compétition ainsi que de celle de Ian Thorpe.

Retour sur nos deux locaux dont les performances ont pâti… médiatiquement parlant, de l’annonce Manaudou. Yannick Agnel et Camille Muffat qui ont rempli leur contrat. Deux athlètes aux personnalités équilibrées et superbement formés et entrainés par le Niçois Fabrice Pellerin. Chapeau les artistes !

Alain Dartigues