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La rencontre improbable d’une petite provinciale avec Alain Delon.

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Retour sur les années « Âge tendre et tête de bois... »

Comme « Tous les garçons et les filles de son âge », Helen Maguin était une jeune fille pleine de rêves et les idoles de la scène et de l’écran peuplaient son imaginaire. Les années yéyé triomphaient. Johnny et Sylvie, Françoise et Jacques, Franck Alamo, Richard Antony, Salvatore Adamo, Claude François (qu’elle rencontrera plus tard dans d’autres circonstances) et autres Sheila, en étaient les héros. Beaucoup de beaux garçons et de filles qui imposaient leurs styles vestimentaires, leurs coiffures, leur style de vie.

Dans ce panthéon, Alain Delon tenait une place particulière. La gloire l’avait déjà touchée de sa baguette magique. Il avait déjà tourné avec Yves Allegret et rencontré Romy Schneider… Il s’apprêtait à laisser des traces indélébiles de ses interprétations dans les films de René Clément (Plein Soleil), de Jean-Pierre Melville (Le Samourai), de Luchino Visconti (Le Guépard), ou de Michelangelo Antonioni (L’Eclipse)…


article publié dans le Républicain Lorrain du 28 janvier 1972

En février 1970, Helen Maguin, cette jeune fille qui suit sagement des cours Pigier à Metz, finit seconde d’un concours « Mademoiselle âge tendre ». Cela ne change pas sa vie ni ses priorités.
À 18 ans tout juste, la chance lui sourit à nouveau. La chance bien sûr et une fraîcheur qui saute aux yeux du jury chargé de présélectionner, entre 1000 photos de candidates, la plupart blondes et toutes très jolies, celle qui passera deux journées avec Alain Delon. C’est le prétexte qu’a trouvé la revue dédiée au Cinéma, « Plein Feux », pour plaire à son public. C’est bien sûr Alain Delon qui, au final, choisira l’heureuse élue. Alain se prête de bonne grâce au jeu. Idem pour Mireille Darc qui, à ce moment-là, partage sa vie. Et le fantasme un peu fou d’être celle qui serait choisie, devient pour Helen, une réalité. Que d’émotions ! Alain est un peu inquiet. L’élue sera-t-elle une de ces jeunes filles un peu hystériques, une des ces groupies prête à tout ? Si c’est le cas, le temps risque alors d’être long… pour Alain qui est déjà fort occupé… Mais il a fait le bon choix. La jeune fille est simple, naturelle et « si gentille ! »

Les 48 heures du contrat passent à toute allure. Alain fait réellement partager son emploi du temps à Helen. Et avec Mireille, ils vont se balader dans Paris, assister à une première cinématographique et faire du shopping dans les boutiques de Saint Germain… On en profite pour faire quelques photos dans l’appartement que le couple occupe, rue François 1er, près des Champs Élysée, et qui illustreront le récit publié dans les médias.

La relation est saine et ne demande qu’à se prolonger. Alain et Mireille la prennent sous leurs ailes et le conte de fée continue. Il durera en fait plusieurs mois. Il n’y a pas d’ambiguïté et, c’est en grand frère et grande sœur qu’ils la considèrent. En témoignent les petits mots complices qu’ils adressent à « la petite » et qu’Helen a bien entendu conservés. Helen loge dans une confortable chambre de bonne, Quai Kennedy, que Mireille met à sa disposition. Elle les rejoint parfois dans leur maison de campagne. Le couple français le plus en vue de l’année et de quelques autres à venir, s’est ainsi pris d’affection pour la petite Messine. Ils vont même financer ses études d’esthéticienne et sont aussi très protecteurs. Il ne faut pas oublier qu’en 1972, la majorité légale est à 21 ans. Helen est aux anges mais n’abuse pas de la situation. Elle sait tenir ses distances, qualité fort appréciée par les deux artistes tellement sollicités. De plus, elle ne rêve pas de monter sur les planches ou de faire du Cinéma et donc n’en fait pas… Tout au plus, elle saisit l’occasion de faire des photos de modes et de publicité ainsi que de participer à un roman photo.

Cette relation privilégiée se terminera un peu abruptement à cause de la secrétaire de Mireille qui sèmera le trouble. Passons sur les détails, peu glorieux pour cette dame qui n’avait pas de raisons de se sentir menacé par cette jeune fille, aussi jolie soit-elle.

Helen, dans le Midi, 2010

Suite à cet intermède riche en enseignements et en rencontres, Helen croisera, peu de temps après, le chemin d’un homme de la nuit, Paul Pacini. Mais cela c’est une autre histoire…

Alain Dartigues