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G20 : Cannes et la Côte d’Azur sous haute surveillance.

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La paranoïa semble avoir touché la capitale en second (pour la notoriété) du département des Alpes-Maritimes. Les premiers signes de l’invasion ont commencé dimanche dernier. De Grasse, de Nice, d’Antibes, de Mandelieu, sur les routes, sur les sentiers de grandes randonnées, ces GR dont le plus fameux, le GR20 est en Corse... les forces de l’ordre ont montré leur présence qui se veut avant tout dissuasive. Une omniprésence impressionnante au point de nous donner un petit aperçu de ce que peut être un état policier ou un pays sur le pied de guerre.

Alors que le WWF organisait un point presse téléphonique pour présenter les enjeux environnementaux de ce sommet des grandes puissances à Cannes, et proposer un certain nombre de conseils sur le financement, sur la gouvernance et sur les réformes souhaitables, les hôtels commençaient discrètement à se remplir. Pas encore de grandes pointures, surtout des membres des délégations étrangères chargées de la sécurité et de l’intendance. Les casernes avaient, elles, déjà fait le plein tandis que les cavaliers de la garde républicaine et leurs montures se remettaient de leur long voyage. Les motards sillonnaient toutes les voies importantes, la sécurité civile s’installait près du stade de football de Cannes et des estafettes à gyrophares circulaient ou occupaient les ronds-points stratégiques sur les parcours présumés qu’auraient à emprunter les VIP de la mondialisation. L’aéroport de Mandelieu était pour l'occasion transformé en véritable place forte, vidé de ses occupant habituels, prêt à recevoir quelques délégations volantes. Aujourd’hui, les hommes-grenouilles de la gendarmerie étaient en mission et vérifiaient qu’aucune charge explosive n’ait été dissimulée en bordure du rivage. Ils eurent la surprise, partagée, de croiser quelques Bé-Baie-Nageurs, comme eux en combinaison noires, qui effectuaient leur petite séance quasi quotidienne d'entrainement.

On le voit rien ne semble avoir été laissé au hasard. C’est qu’il n’est pas question de se faire déborder par des anars ou des altermondialistes en vadrouille, ni en mer, ni sur les chaussées, ni en embuscade sur les chemins forestiers. Dans le ciel, les hélicoptères font des rondes incessantes, les snipers du GIGN ont pris depuis longtemps leurs repères, prêts à passer de longues heures, le doigt sur la gâchette. Si le risque zéro n’existe pas, l’objectif est de s’en rapprocher le plus possible. Alors, on ne lésine pas sur les moyens en nombre, en qualité et en matériel. On ne sait pas tout… et l’on devra attendre la fin des… festivités pour espérer glaner quelques savoureuses anecdotes.

Ce matin, les radios nationales privées ne se gênaient pas pour donner la parole à des auditeurs et des personnalités qui affichaient un scepticisme plus ou moins agressif sur l’intérêt du G20 et autres pseudo grands rendez-vous politiques. A-t-on encore besoin de ce genre de grands-messes où tout est écrit à l’avance, où chaque poignée de main est programmée, où sa place sur la photo de groupe a donné lieu à l'établissement d'un strict protocole ? Pour rassurer le peuple, les banques ou pour se rassurer soi-même ? Autre polémique le coût de cet événement. Et là, la langue de bois, le mensonge par omission et l’hypocrisie font loi. On nous dit, ça ne coutera rien aux contribuables cannois. Bonne nouvelle car la note serait très salée quoiqu’il soit difficile de croire que tous les services mis à disposition seront facturés. Il n’y a pas de raison de penser que les boutiques - principalement celles situées dans la banane - qui fermeront faute de pouvoir accueillir leur clientèle habituelle (comme la boutique Lenôtre, rue d’Antibes), ne seront pas indemnisées. Certes il semble se confirmer que la plupart des délégations assumeront les frais d’hébergement. À priori ils en ont tous les moyens, et c’est tant mieux car les Américains d’Obama arrivent à 800… Bien sûr, certains iront magasiner dans les quelques boutiques de luxe que la municipalité incite à rester ouvertes. Bien sûr tout ce « binz » ne durera que deux jours, plus deux avant et un après. On oubliera vite les nombreuses contraintes et nos politiques se chargeront de faire valoir la portée de l’événement, les retombés positives en termes d’image… sous réserve que tout se passe pour le mieux, que les invités ne s’engueulent pas trop et qu’il n’y ait aucun incident notable. On remarquera que les altermondialistes seront parqués à Nice ? Bien vu, ce sera Nice donc qui verrait son image écornée, pas Cannes. C’est tout bénef !

La note, la douloureuse, quelqu'un sera bien obligé de la payer car, quoique qu'en pensent les naïfs lorsqu'on leur dit par exemple qu'aller à l’hôpital c'est gratuit, c'est faire trop volontiers abstraction de tous les contribuables qui cotisent et participent avec leurs impôts directs et indirects, aux frais de fonctionnement et à tout le reste… Il n’y a rien de gratuit en ce bas monde, qu'on se le dise une fois pour toute !

Parmi les habitants interrogés, nombreux sont ceux qui jugent la tenue du G20 comme tout à fait déplacée, pas du tout convaincus des présumées retombées positives. Rien à voir avec un congrès, un Festival du Film qui dure 12 jours, ou même d’un congrès Gartner qui a choisi de se déplacer à Barcelone plutôt que de décaler ses dates. Reviendra-t-il sur la Croisette ? Souhaitons-le pour l’économie de la ville. S’il ne revient pas comme pour le congrès 3GMS (devenu le Mobile World Congress), on pourra dire que les décideurs cannois ont choisi ici de privilégier le court terme plutôt que le moyen ou mieux le long terme. Une attitude courante dans les pays en voie de… développement. Un choix le plus souvent dicté par des raisons de survie, du style : mieux vaut tenir que courir ! Mais, il y a sans doute d’autres raisons à la candidature volontaire de Cannes, elles ont à voir avec le désir… dérisoire de se faire mousser, la soif d’apparaître, de parader, d’associer son nom, si petit soit-il à celui des grands si grands soient-ils. Et rares sont ceux, qui une fois au pouvoir, ne succombent pas à ce miroir aux alouettes, à cette illusion. Aussi rares que ceux qui préfèrent « l’être, au paraître… »