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Le Cannet : un projet de centre commercial fait débat...

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La municipalité y serait plutôt favorable, une partie des riverains plus réservée.

Après l’échec de l’installation d’Ikea à Mougins, après les travaux en cours de l’important complexe d’Anny Courtade à Cannes, dans le quartier sensible de Ranguin, après la polémique sur un autre centre d’envergure projeté à Mandelieu, le dossier Castellari refait… surface (grande). Il s’agit d’un projet de construction au Cannet d’un centre commercial en lieu et place d’une ancienne pépinière de deux hectares. Avec comme acteurs la famille Castellari propriétaire, la municipalité, les riverains, les commerçants du quartier des Mimosas, limitrophe à la commune de Cannes et les promoteurs présumés. Plus généralement aussi les habitants de tout le secteur rochevillois et tous ceux qui sont amenés à le fréquenter, ne serait-ce que pour le traverser. Pour les uns, il s’agit de protéger une certaine qualité de la vie, pour les autres de l’intérêt de la collectivité en terme de développement économique, de création d’emploi et aussi d’intérêts financiers privés : vendre au meilleur prix et pour l’acheteur, optimiser son acquisition par une urbanisation maximale…

  

Sur les 20 000 m2 concernés, les conséquences sur la vie des riverains, d’un projet de centre commercial plus grand à priori que l’actuel « Géant » de Mandelieu-la-Napoule (13 000 m2), sont considérables. Pollution, circulation, stationnement… qui accentueront les changements déjà constatés par la construction immobilière du Grand Parc. Situé à seulement quelques centaines de mètres de là, en territoire cannois, en à peu près cinq ans, cette réalisation a augmenté la population de plusieurs milliers de personnes. Cela sur quelques hectares d’un terrain que beaucoup de Cannois et de Cannettans croyaient protégé et inconstructible dans un des très rares poumons verts de ces communes mitoyennes ayant survécus au désastre d’un développement immobilier anarchique débuté dans les années 60.

Longtemps en suspens, le projet des pépinières Castellari prend ainsi forme, même si pour l’instant aucune demande de permis de construire n’a été officiellement déposée comme le rappelaient les services de l’urbanisme du Cannet. Néanmoins, tout semble mis en place pour qu’il se réalise. La municipalité de Michèle Tabarot y semble favorable. Elle a d’ailleurs pris soin d’effectuer une consultation auprès de 1500 foyers. Les résultats donnent à penser que 80% des 500 personnes qui ont répondu, sont en faveur d'un tel type de projet. À ce propos, certains Rochevillois affirment avoir découvert l’existence de ce questionnaire en lisant Nice-Matin et contestent de ce fait la valeur de l’enquête. De leur côté, les promoteurs avancent leurs pions, avec une certaine prudence, cherchant à désamorcer les conflits, sources potentielles de retards à l’allumage… Les opposants s’inquiètent de leur puissance de feu. Sachant que le promoteur du projet serait le Groupe Simon Ivanhoé, aux mains d’un important groupe international de Fonds de pension, ne sont-ils pas les pots de terre contre les pots de fer et ce, d’autant plus que les lois concernant l’ouverture d'un tel centre de commerce se sont assouplies depuis 2009 ?

Les associations s’agitent, parfois maladroitement, les politiques, habitués à faire feu de tout bois lorsqu’ils sont dans l’opposition, aussi. Alertée, la majorité cannoise de Bernard Brochand qui entretient des rapports tendus avec sa voisine, tout comme Anny Courtade et son centre de Ranguin, s’inscrivent en faux et freineront autant qu’ils le pourront la réalisation du projet Castellari pour des raisons avant tout politiciennes pour les uns et commerciales pour les autres.

Bien que diversement motivés, les opposants s’accordent sur un point. L’offre pour les habitants du Pays cannois est et sera, avec la construction du Centre commercial de Ranguin, plus que suffisante. Effectivement les ZI et les centres commerciaux ne manquent pas dans le coin. Les communes du Cannet, Cannes, Vallauris, Mandelieu, Grasse, Antibes (lire les documents en annexe) sont abondamment pourvues.

Si des politiques, au Cannet, à Cannes et même à Mouans-Sartoux, sont prêts à glisser autant de peaux de bananes qu’ils peuvent, d’autres opposants au projet tel que présenté, envisagent d’agir directement auprès de la député-maire. Michèle Tabarot n'a-t-elle pas déclaré avec fierté avoir freiné le développement de l’urbanisme dans sa commune… et protégé le petit commerce !

Ces opposants revendiquent le fait qu’ils ont toujours voté pour l’actuelle député-maire lors des précédentes élections et qu’ils ne sont pas là pour la mettre en difficulté. Ils se veulent optimistes et espèrent que Michèle Tabarot ne cédera pas au chant des sirènes des promoteurs, qu’elle entendra les doléances dénuées de revendications politiciennes de ses électeurs. Ils l’encouragent à envisager d’autres projets alternatifs. Un tel espace disponible, dans une commune qui est devenue, grâce à Pierre Bachelet, le maire précédent, la commune la plus urbanisée des Alpes-Maritimes (5 474 habitants au km2), est une vraie chance. Le futur de feu les Pépinières Castellari mérite mieux qu’un énième centre commercial !

Comme l’écrivait un Rochevillois avec humour au questionnaire de la mairie à la question : que souhaiteriez-vous sur cet emplacement ? – Une pépinière ! Plus sérieusement, d’autres évoquent la création d’un parc, d’une piscine communale ou… intercommunale, d’une crèche, de structures publiques, au moins sur une partie de ces hectares idéalement situés… et répétons-le si rares.

Alain Dartigues

  

En annexe :

  • la densité de la population d’Antibes est aujourd’hui de 2 861 habitants au km2, celle de Cannes de 3 645, celle de Nice 4 876, celle du Cannet, 5 474.
  • les conditions d’ouverture d’un centre commercial de plus de 1000 m2 nécessitent une autorisation de la Commission départementale d’aménagement commercial, la CDAC. Les conditions d’obtention ont évolué. Depuis 2009, les critères d’ordre économiques ont été écartés. Néanmoins sont pris en compte l'effet du projet sur l'animation de la vie urbaine, les flux de transport, la qualité environnementale du projet, son insertion dans les réseaux de transports collectifs.
  • la densité de surfaces commerciales de + de 300 m2 est en France d’environ 328 m2 pour 1 000 habitants. Dans les Alpes-Maritimes, elle est de 458 m2. L’offre commerciale de ce type de commerces y était, en 2005, composée de 804 commerces, ce qui représentait une surface de vente de 913 118 m2 avec une surface annexe (réserves, bureaux,…) de 594 328 m2 et une capacité de stationnement automobile de 49 620 places. Le chiffre d’affaires total dépassait les 8 milliards €, le nombre d’emplois était estimé à 21 200 emplois et la densité commerciale à 903 m2/1 000 habitants (241 m²/1 000 habitants pour l’alimentaire et à 662 m²/1 000 habitants pour le non alimentaire).
  • malgré une croissance de population en net ralentissement, en dix ans, l’augmentation des surfaces de vente dans les Alpes-Maritimes a été d’environ 154 000 m2, soit un taux d’accroissement de 20.3%.
  • le bassin cannois compte plus de 150 000 habitants (hors Mougins) et 1 386 m2 pour 1000 habitants de surfaces commerciales de plus de 300 m2 ; un peu plus que Pole Azur Provence, 1 319, que la communauté d’agglomération de Sophia-Antipolis, 1 154 alors que cette densité n’est que de 819 m2 pour 1000 habitants dans la communauté d’agglomération de Nice, confortant le fait que la plus grande concentration de moyennes et grandes surfaces se situe dans l’ouest du département.

Source, l’Observatoire départemental d’équipement commercial, Préfecture des Alpes-Maritimes (2005).