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La Bocca : la porte de Cannes.

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Une réalité culturelle et historique, un enjeu... politique.

À tort ou à raison, on dit que les élections municipales se gagnent à La Bocca. Quoi qu’on en pense, ce serait bien sûr une erreur de négliger les voix des habitants de ce quartier qui fut toujours populaire, un peu à la traîne certes et pour cause, de sa grande sœur, la rutilante et prestigieuse Cannes avec sa Croisette et ses Palaces, sa rue d’Antibes et ses commerces de luxe, son impressionnante mairie, ses Allées et son kiosque, ses belles villas dont certaines datent des débuts de la station qui, avant d’être estivale, fut d’abord prisée pour ses hivers doux et ensoleillés, par les princes russes et l’aristocratie anglaise…

Mais, si les riches et les bourgeois vivaient dans les beaux quartiers, le petit peuple se concentrait surtout à la périphérie, principalement dans cette basse vallée alluviale de la Siagne dans le quartier de La Bocca. Après que les petites industries locales liées à la pêche périclitèrent et que les modestes verreries fermèrent leurs portes, l’industrie naissante du tourisme fut la bienvenue. Les pêcheurs et les ouvriers se retrouvèrent alors à faire le va et vient entre leur lieu d’habitation et de travail. De modestes pavillons, des commerces pour satisfaire les besoins vitaux de cette population laborieuse, des bars, un marché, des écoles communales et un collège d’enseignement général puis, plus tard, un poste de police et une mairie annexe… avec son conseiller municipal spécialement chargé de ce secteur.

Nous n’irons pas plus loin dans l’évocation d’un quartier attachant qui a inévitablement beaucoup changé mais qui reste une partie essentielle de développement de l’entité cannoise. Ce n’est pas Thomas de Pariente, membre du Conseil cannois de concertation, le CCC, qui dira le contraire. Rapporteur du groupe qui avait planché sur le thème du développement économique de la cité des Festivals et des Congrès, il constatait un déséquilibre entre l’exploitation du bord de mer côté Croisette et le quartier de La Bocca… « l’ensemble devant bénéficier des mêmes atouts », affirmait-il. D’après la municipalité en place, le projet d’un nouvel hôtel de luxe, d’un restaurant étoilé, en limite ouest de la ville ainsi que la réalisation de la Cité de l’Image iraient bien dans cette direction.

- l'octroi tel qu'en 1900, installé au carrefour de l’avenue Saint-Cassien et de la route de Pégomas, anciens noms de l’avenue Francis Tonner et de l’Avenue Michel Jourdan, aujourd'hui les diligences ont disparu, l'octroi a pris d'autres formes, le bâtiment subsiste…

 

Mais, pour mieux cerner l’histoire et donc l’avenir de ce bout de Cannes, Michel Emeriau, entouré d’une équipe passionnée par le sujet, s’est mis en tête de construire un site Internet qui lui est dédié : La Bocca. Évolutif et convivial, le site remonte le temps, photos et témoignages à l’appui et passe en revue les noms des rues et leurs origines, les lieux-dits, les édifices religieux, les belles demeures, les personnages qui laissèrent une trace dans les mémoires boccasiennes et… cannoises comme Pierre Ipert, Raymond Balitrand ou Pierre Giuglaris… Dans le domaine du concret et de l’utile, le site est complété par la liste des 600 professionnels qui y ont pignon sur rue.

Pour en revenir à la gestion de la cité, autrement dit la politique, le site de Michel Emeriau laisse chroniquer Alexandre Arluc à propos de la façon dont les Boccassiens jugeaient en 1908, la façon un peu désinvolte dont les candidats aux élections locales sollicitaient leurs votes. Ils n’étaient déjà pas dupes, « si souvent trompés par des politiciens en voulant uniquement à leurs suffrages » et qui n’hésitaient pas à payer de leur poche des voitures pour qu’ils se rendent au scrutin sans fatigue…

Les années ont passé, les us et les coutumes aussi… mais peut-être pas autant qu’on pourrait le croire et le souhaiter.