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G20 : Cannes, nombril du monde de l’économie et des finances

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pour 48 heures...

Créé en 1999 pour harmoniser les politiques économiques et financières des pays industrialisés, le Groupe des 20 a pris sa vitesse de croisière en 2008 lorsque, à l’initiative de Nicolas Sarkozy et de Gordon Brown, les chefs d’État et de gouvernements ont décidé de se réunir annuellement. Composés de 19 pays auxquels il faut ajouter l’entité européenne, le G20 représente 85% du commerce mondial, les deux tiers de sa population et plus de 90 % du produit mondial brut…

Secret mal gardé, la ville de Cannes, candidate, avait depuis plusieurs mois été donnée gagnante pour accueillir le prochain G20 en novembre 2011. La chose semble maintenant confirmée. À cette perspective, élus, directeurs de palaces, restaurateurs, hôteliers, commerçants de grandes enseignes de luxe, se frottent les mains. Ils vont faire le plein. Nos politiciens locaux, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition se réjouissent. Même s’ils auront peu d’occasions de participer aux débats, plusieurs s'arrangeront pour bénéficier des retombées médiatiques. Ils seront sur la photo, prompts à serrer les mains et autant qu'ils le pourront, à s’afficher avec les grands de ce monde, l’ego tout gonflé…

Dans cet élan de communion extatique, rares sont ceux qui manifestent une opinion divergente, jugée politiquement peu correcte. Ce fut un peu le même scénario lorsque Christian Estrosi instilla avec moult arguments, l’idée qu’on pouvait et devait organiser les Jeux Olympiques d’hiver à Nice (lire bien sûr, dans les stations de ski des Alpes-Maritimes). Élus et commerçants d’applaudir et de s’ébaudir… Les tiroirs caisses de ces derniers allaient se remplir à ras-bord. Quant au coût pour les collectivités, pour les petits retraités qui verraient les athlètes descendre les pistes aussi vite que leurs impôts monter, il fut discrètement éludé.

Malgré les satisfécits des uns - les élus - et des autres - les commerçants - à Cannes, l’idée de devenir pour 48 heures le nombril du monde, ne ravissait pas tout… le monde. D’après une enquête de Nice-Matin, 90% de lecteurs ont répondu que selon eux, cette manifestation n’aurait aucune retombée positive pour la ville en terme d'image et d'économie. Mais qui écoute le bon peuple aujourd’hui sans craindre d’être taxé de… populisme ? Dans son Canard, Michel Emeriau une fois de plus se déchaîne avec un humour décapant. Il se félicite déjà à l'idée de se balader dans une ville devenue piétonne, de l'arrivée festive des altermondialistes, attendus avec impatience par les CRS… de la présence rassurante de tireurs d’élite vêtus et cagoulés de noir ninja… Pour ce qui est de la facture, à payer par les contribuables cannois et azuréens (rectification demandée : par tous les contribuables de France et de Navarre), elle ne serait après tout que de 80 millions €. Une paille qui ne devrait pas beaucoup agrandir le déficit budgétaire chronique de nos institutions !

Cannes, habituée à la gloire, qui voit chaque printemps les projecteurs de tous les médias du monde, se fixer sur les marches de son Palais, lors du Festival du film, aurait pu faire l’impasse sur cette rencontre à risques. D'autant, qu'aux dires des spécialistes, le dernier sommet de Séoul aurait accouché d'une souris. On a vu en juin dernier à Toronto au Canada, les déferlements de violences qui ont accompagné… le G20 couplé au G8 : de la casse, des centaines d’arrestations, des forces de police critiquées… Le G8 de Londres en mars 2009, a lui aussi laissé un mauvais goût dans la bouche mais c’est surtout le G8 de Gênes (un mort par balle) en 2001, qui a marqué les esprits. Si des événements similaires avaient lieu à Cannes en novembre prochain, ils écorneraient gravement l’image glamour et paillettes de la cité du Cinéma et des Congrès… Par les temps qui courent, elle n’a pas besoin de ce genre de publicité !