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L’industrie de l'armement : est-elle une industrie comme les autres ?

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Catégorie Pieds dans le plat

Si l’argent n’a pas d’odeur, il semble que le travail et l’emploi non plus.

Poser la question : « l’industrie de l’armement est-elle une industrie comme les autres ? », c’est déjà y répondre. Bien sûr que non, vendre des armes n’a jamais été innocent même si les industriels ont des arguments qu’ils jugent imparables. Dans le genre, « si c’est pas moi, ce sera un autre » et autant alors faire marcher notre industrie, donner du travail à nos concitoyens, plutôt que d’assurer la prospérité d’un voisin, que ce soit un allié ou un présumé ennemi.

Que n’est-on pas prêt à accepter lorsqu’il s’agit de donner du travail au popolo tandis que quelques gros bonnets s’enrichissent ! Dans nos pays où l’industrie de l’armement passe obligatoirement par l’État qui donne ou refuse son feu vert, se sont alors des intermédiaires qui prélèvent grassement au passage leur dîme. Parfois des partis politiques, alternativement au pouvoir, en tirent plus ou moins directement bénéfices.

Plus pervers, l’argument lié aux progrès technologiques que les recherches liées aux armements permettent de faire et qui sont ensuite censés profiter à tout un chacun. C’est parfois avec ça qu’on a justifié, du moins en partie, des guerres. Comme si certaines de ces découvertes payées par la recherche militaire valaient tous les morts, tous les drames que chaque guerre engendre !

Ainsi, la France vend des armes. Et tout le monde d’applaudir ! Réjouissons-nous des Rafales Dassault que le Brésil a… promis de nous acheter ! Félicitons-nous des usines nucléaires vendues clefs en main (avec en prime des transferts de technologies) et qui pourront, au gré de nouveaux gouvernements, devenir des armes de destruction massive, sans aucune garantie qu’elles ne soient pas dirigées contre nous…

À peine étonné d’apprendre que les USA soient dans ce domaine la première puissance exportatrice au monde (7 des 10 plus grands fabricants sont américains), suivis, sans que nous soyons autrement surpris, de la Russie. Et effectivement, on constate, à l’occasion des nombreux conflits… armés qui animent l’humanité, que des armes provenant de ces pays pullulent. L’Europe se place en 3 ème position, la France prenant dans ce secteur le leadership.

On ne connaît pas les chiffres exacts, les marchands d’armes faisant preuve de quelque pudeur à ce sujet, mais on estime à six millions le nombre de personnes travaillant pour l’industrie de l’armement. Personne dans toutes ces usines n’a l’air de se plaindre, pas de comité d’entreprise, de syndicat qui parlent des droits de l’homme… de la femme, des enfants qui, des années après la fin des conflits, continuent de sauter sur des bombes. On savait que l’argent n’avait pas d’odeur. Le travail et l’emploi n’en n'ont, de toute évidence, pas davantage ! Tout plutôt que le chômage… pourrait être un slogan qui, dans nos sociétés, justifierait tout, même l’innommable.

Politiques qui vous dissimulez derrière le secret défense, de quelle façon vous regardez-vous chaque matin devant la glace, au lendemain de la signature d'un mirifique contrat… d'armement ? Marchands d’armes et de larmes, avez-vous donc une âme ? Poser la question, c'est déjà y répondre…

  • le site officiel, Actudéfense, ne se gêne pas pour annoncer la couleur. Le secteur ne connaît pas la crise et se félicite des perspectives de développements. « Si les budgets européens augmentent peu, ceux des autres explosent. » Il s’agit donc d’optimiser une situation mondiale… favorable (On sait pourquoi. Merci aux pays belligérants et à tous ceux qui se tapent sur la gueule, au Moyen-Orient et ailleurs !). Ainsi la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon, a décidé en décembre dernier, de lancer une opération de lobbyng destinée à concurrencer leurs homologues américains et de se battre pour prendre de nouvelles parts de marché… D’après Times magazine de la semaine dernière, ce marché représenterait, rien qu’en comptabilisant les achats des dix premiers pays, 1 083 milliards de dollars. Ça vaut la peine de se pencher dessus, n’est-ce pas !