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Antibes : Jean Marie Pelt et Pierre Rabhi,

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rencontre entre deux sommets…

Qui connaît l’un ne connaît pas forcément l’autre. Si différents, si pareils. L’un, bien en chair, respire la bonhomie et la bonté. L’autre, dans son corps d’homme du désert, plus introverti, a dû prendre sur lui avant de s’emparer d’un micro et partir en croisade…

Neuf cents personnes au moins étaient venues assister le mois dernier à cette rencontre au sommet, pas ceux de Davos, de Rio ou d’un quelconque Grenelle, supposément axés sur l’Ecologie, mais pour voir devant elles, se dérouler le fil d’Ariane de la pensée intelligente. C’est ce que firent pendant trois heures dans cette immense tente, accolée au Palais des Congrès d’Antibes, nos deux conférenciers de… l’utile.

Jean-Marie Pelt, président-fondateur de l’Institut Européen de l’Ecologie dont la voix à la Philippe Noiret a rythmé avec persuasion les chroniques sur France Inter, décrocha en premier ses flèches en direction de l’actuel gouvernement. L’actualité était là, propre à amener de l’eau à sa critique. L’annonce du redémarrage du programme nucléaire à la française et du deuxième réacteur nucléaire EPR, prouve à son sens, le manque de conviction de Nicolas Sarkozy en matière de protection de l’environnement et de développement durable. Pour Jean-Marie ce choix est une erreur qui vient brouiller les bonnes intentions du Grenelle et décrédibilise un peu plus les politiques en la matière.

La crise financière fait peser un autre type de menace sur le monde. JM a apprécié le jugement de Barack Obama osant dénoncer la « cupidity » de ces hommes d’affaires, de ces spéculateurs qui se sont engagés dans cette spirale sans fin : gagner toujours plus d’argent, sans souci de l’homme. L’homme qui est au cœur de sa réflexion. Cet homme animal qui, chassé du paradis, a perdu dès ce jour son innocence. Cet homme, devenu responsable, qui tient l’avenir de… l’humanité dans ses choix de société. Cet homme qui sera reconnu coupable s’il conduit le troupeau à sa perte. Cet homme-là se trouve au bord d’un précipice et l’homme-chef, allié à l’homme-religieux, peut entraîner avec lui les hommes-moutons… ce sont les plus nombreux.

« Small is beautiful », « on a toujours besoin d’un plus petit que soi »… le professeur Pelt préfère parler, lui, de la raison du plus faible. Une évidence pour ce scientifique qui fête à sa façon le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin et le 150ème anniversaire de la publication de son Origine des Espèces. Il s’oppose au fondateur de la Théorie de l’évolution et à sa loi de la jungle qui mènerait le monde. JMP préfère faire l’éloge du plus faible et s’appuie sur l’histoire de notre planète où ce ne sont pas les organismes les plus gros qui ont résisté aux grands cataclysmes mais les sans grades, les nains. La faculté adaptative de l’ « Homme cet inconnu » entr’aperçu par Alexis Carrel, se manifeste dans le plus petit avant de donner sa chance au plus gros, juste le temps d’une petite valse et puis s’en va… car, s’il ne le dit pas, nous le disons, le monde serait bien mieux sans nous, bien plus vivant, bien plus divers. Il… évoluerait, rythmant à son gré les entrants et les sortants, les gagnants et les perdants. À la façon dont les choses… évoluent, nous ne passerons pas l’hiver, au regard des temps géologiques il s’entend. Demain nous aurons soif, demain nous aurons faim, c’est sur ces prédictions, qui n’empêchent d’ailleurs personne de dormir, que Jean Marie passa la parole à Pierre.

Pierre Rabhi, les traits creusés, un regard à la Theillard de Chardin, c’est l’homme de la terre. Il sait par expérience qu’elle est basse, qu’il faut se baisser pour que l’homme n’ait plus faim. Fatigué sans doute de répéter les mêmes choses, de constater que rien ne change vraiment, que les promesses des politiques n’engagent jamais que ceux qui les écoutent, il parle, sans consulter de notes. Il martèle son credo. L’homme a pris la place, toute la place sur une planète qui se passait très bien de lui. Il montre toutes les impasses vers lesquelles ses choix empiriques ont débouché. La crise est là comme pour lui donner raison.

Saurons-nous tirer les leçons des événements, infléchir le cours des choses, replanter les forêts, ralentir notre démographie, traiter nos déchets, et surtout changer nos comportements ? Rien n’est moins sûr, car les gouvernants du monde entier n’ont qu’un leitmotiv : relancer la consommation à tout crin. Communistes présents ou reconvertis, néolibéraux, capitalistes, financiers, spéculateurs, syndicats et syndiqués… sont tous d’accord et se donnent la main pour former une immense ronde. Donnez-nous notre objet quotidien, notre accessoire accessoire ! Il faut donc produire plus, plus de voitures, de machines de toutes sortes, de téléphones, d’ordinateurs et surtout changeons-les souvent pour que la machine, pour que l’immense machine industrielle ne cesse pas de tourner. Car si elle s’arrête ou seulement ralenti, c’est la catastrophe. On l’a vu, on le reverra, jusqu’à ce que la terre soit vidée de sa substance, rendue incapable de nous sustenter… à moins que.

Qu’ont retenu les 900 personnes présentes ? Qu’ont-elles écouté ? Qu’ont-elles changé dans leur vie depuis cette rencontre au sommet ? Sont-elles prêtes à faire la révolution, la révolution des consciences ? L’avenir nous le dira, mon fils !

  • à lire : La part du colibri de Pierre Rabhi, aux éditions de l'Aube ; La raison du plus faible de Jean Marie Pelt, chez Fayard.