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Minarets : les Suisses pris au piège de leur référendum.

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Catégorie Pieds dans le plat

Un jeu où qui perd gagne…

Le vote des Suisses à propos de l’interdiction des minarets dans ce pays toujours fier de ses églises et de leurs clochers, dérange les musulmans et nombre de bien pensants. Nous sommes loin des événements de 2001 et de l’effondrement des tours jumelles en même temps que beaucoup de nos certitudes. Loin de l’Afghanistan et de ses talibans accros à la Charria et aux burqas, loin de l’Iran des mollahs, loin de la séquence prise à l’aide d’un simple téléphone portable qui circule sur le Net et où l’on voit une jeune femme se faire lapider. C’est cette fois à leur… tour de jouer les martyrs. Un beau coup de pub gratuit !

Les initiateurs de ce référendum ne s’attendaient pas à déclencher un tel baroud. Ils avaient naïvement essayé d’anticiper de nouvelles demandes de permis de construire des minarets. Il existe déjà des mosquées en Suisse mais les minarets, c’est autre chose. D’abord, cela change vraiment le paysage : une affaire de goût et d’esthétisme direz-vous. Surtout, c’est la perspective que, de ces clochers islamiques, résonneront demain, cinq fois par jour, les appels à la prière des muezzins, qui semble les déranger. Le monde change, direz-vous encore, pas de quoi s’exciter… chaque grande religion et chaque grande idéologie, a connu ou connaîtra sa minute de gloire (à l’aune de l’éternité…) n’est-ce pas !

En décidant d’interdire les minarets, les Suisses ont voulu établir des limites. Ils sont les seuls en Europe en situation de pouvoir le faire, situation qui se révèle aujourd’hui très inconfortable. En auraient-ils l’intention, leurs voisins qui ont choisi de lier leur destin au sein d’une institution commune, l’Europe, ne pourraient pas leur emboîter le pas, prisonniers qu’ils sont de leur Constitution et du système judiciaire mis en place. Discrimination, le mot est lancé. Rien qu’en le prononçant, on sait déjà quelle sera la réponse donnée, à chaque tentative de limiter les droits des minorités, religieuses ou autres.

Comme nous le disions plus tôt, cette victoire dans les urnes a et aura des conséquences lourdes que les Suisses auront à assumer. Les banquiers s’inquiètent déjà : les capitaux du Moyen-Orient par exemple, ne vont-ils pas prendre la poudre d’escampette ? Les Suisses pourront-ils encore voyager en sécurité dans le monde ? Pour l’instant, ce sont surtout les Français qui sonnent le glas ou plutôt l'hallali. Chaque matin, à la radio, ceux qui font désormais figure de maîtres à penser et leurs confrères et sœurs aux JT de midi et de 20 heures, « éditorialisent » à tout va… Ils prêchent la bonne parole, la parole politiquement correcte, celle des grandes vertus et des grands sentiments… Ils utilisent à propos de nos voisins suisses les qualificatifs les plus agressifs et les sous-entendus les plus outrageants, niant leur droit de choisir un environnement qui leur convienne à travers un vote populaire et démocratique. Hier, ils faisaient pourtant la réclame du référendum d’initiative populaire comme étant une clé fondamentale de la démocratie, avec comme principal avantage, celui de contrôler les élus durant leur mandat, de les obliger en somme à tenir leurs promesses électorales. Aujourd’hui, c’est une autre chanson et Daniel Cohn Bendit le premier de réclamer, puisse que celui-ci ne lui plait pas, un nouveau vote et une campagne pédagogique pour que, cette fois, les petits Suisses votent bien. Le procédé a déjà fonctionné à merveille avec l’Irlande… qu’il avait fallu remettre sur le bon chemin.

« Il est interdit d’interdire », le vieux réflexe soixante-huitard resurgit fort à propos, c'est-à-dire quand ça arrange. Pourtant question liberté, c’est plutôt peau de chagrin. Plus nous sommes nombreux à partager le même espace et plus on la restreint : les vidéos de surveillance se multiplient, comme il y a 2 000 ans les petits pains, la cigarette n’a plus droit de cité, dans nos autos où il n’est pas bon de téléphoner, la ceinture est obligatoire à l’avant et à l’arrière… tandis que le taux de suicides chez France Telecom explose et que le nombre des incivilités (genre brûlage de voitures et de drapeaux français, conduite sans permis ni assurance, insultes aux conducteurs de bus et aux forces de l’ordre…) est devenu un phénomène de société qu’il est de bon ton de supporter.

En Europe, l’Islam joue gagnant à tout le coup. Les lois sont faites pour qu’il puisse prospérer en toute légalité. Dans des États de droit, on ne peut lui interdire de se développer, d’élire ses représentants, de construire ses mosquées et demain, ses minarets. Si un pays résiste, il sera traîné devant la Cour européenne de justice et il devra faire amende honorable… car, sans nul doute, il n’aura pas gain de cause. C’est ainsi, c’est comme ça, c’est le sens de l’histoire, c’est là où l’on veut bien diriger nos démocraties qui ne savent même plus à quel dollar se fier. La tentation présumée populiste de suivre l’exemple suisse existe pourtant et se manifeste ici et là mais c’est un combat d’arrière garde. Une interdiction des minarets en Belgique, en France, en Hollande ? Ce n’est même la peine d’y penser.

La question qui n’est pas, j’en conviens politiquement correcte, concerne la réciprocité. On nous parle de tolérance, de liberté de culte. Qu’en est-il dans les Républiques islamiques, dans les pays où les musulmans sont les plus nombreux ? Sont-ils vraiment en mesure de nous faire à ce sujet la morale ? Ce n’est pas vraiment un secret pourtant. Chez eux, depuis longtemps, les religions concurrentes à l’Islam ne sont pas les bienvenues. Conclusion, il y a peu de demandes de permis de construire une église, encore moins de construire un clocher…