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Politiquement vôtre : des députés de la République

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et des autres élus…

Absentéisme. Les députés de notre bonne vieille République sont souvent montrés du doigt. Des journalistes malins publient régulièrement des classements et décernent des bons et des mauvais points. À leurs dires, les meilleurs seraient ceux qui apparaissent le plus souvent dans les travées de l’hémicycle ; en sous-classement, interviendrait le nombre de questions écrites ou orales faites au gouvernement, ainsi que le nombre de cosignatures à divers projets de lois (le travail de fond est fait par les autres, on n’a plus qu’à agréer… en bas de la page).

Pas si facile que ça de déterminer le travail réel effectué par chaque député. Interpellés sur le sujet, ils sont habitués à botter en touche. Le boulot ne se résume pas à un carnet de présence. Lionnel Luca, est de ceux qui, comme Bernard Brochand (relégué, lors de son premier mandat de député, aux dernières places au classement des présents), avancent que l’essentiel du travail, les actions de lobbyisme par exemple, se passent en dehors de l’Assemblée nationale, dans les ministères et au cours de repas d’affaires. Dont acte !

Il n’empêche, à quoi servent donc tout ce décorum, tous ces ronds de jambes, ses interruptions musclées, ses rodomontades ? Est-ce juste pour amuser la « galerie », distraire les gens qui justement y viennent comme ils vont au spectacle, ou pour paraître (vis à vis de leurs électeurs) batailleurs et pugnaces à souhait devant des caméras complaisantes qui capturent leurs gesticulations lors des retransmissions télévisées des séances de l'Assemblée nationale ?

Si les députés jugent qu’il n’est pas vraiment utile d’y être, alors pourquoi ce rituel devrait-il donc perdurer ?

Le problème est du même ordre concernant les députés européens, les conseillers régionaux et généraux… Ne parlons même pas de certaines têtes de liste qui s’empressent de démissionner aussitôt élues, frappées par un cumul des mandats facile à prévoir et prévenir… et d’autres encore qui laissent faire à leurs voisins tout le boulot mais n’oublient pas de passer par la case indemnités (on sait tous qu’elles sont très confortables). On se rappelle à ce propos les énervements de Roger Duhalde, alors maire RPR de Mougins et vice-président du Conseil général des Alpes Maritimes, chargé des finances. Il dénonçait les pratiques de certains de ses petits copains, leur reprochant, une fois le registre des présents signé, de s’éclipser illico presto… ce qui pouvait poser des difficultés pour obtenir le quorum nécessaire aux prises de décisions sans les priver pour autant de leurs jetons de présence …

Pour ce qui est des conseillers municipaux, le problème est moins évident. Il est de bon ton d’être là, bien droit dans ses bottes. Le public… présent est bien celui qui les a fait élire et, pour les élus comme pour les électeurs, les distances raccourcies rendent les contacts plus simples, plus intenses aussi. On écoute, on commente, on se jauge et l’on se juge. À y bien regarder, chacun est dans son rôle. L’équipe majoritaire fait face à ceux qui ont la responsabilité d’apporter une opposition trop souvent systématique et pas toujours de bonne foi… mais la pratique de la démocratie y trouve aussi ses limites. Car, droit dans ses bottes, c’est assumer sa place dans une majorité qui ne conçoit ni n'accepte, encore moins dans une équipe municipale qu’au sein d’un groupe parlementaire, la critique, si mesurée soit-elle. D’où la tentation pour les adjoints et les conseillers municipaux de la majorité de suivre les choix de leur leader sans état d’âme. Cela les dispense souvent d’avoir à ouvrir les dossiers lorsqu’ils n’en sont pas les rapporteurs. Ce n’est pas pour autant d’ailleurs que tous les membres élus de l’opposition ouvrent les dossiers, d’une part parce qu’ils sont sans illusion sur le résultat des votes en Conseil municipal et aussi parce qu’ils reçoivent copie des très volumineux dossiers, dans des délais rendant impossible leur examen approfondi.

Dans ses rubriques, Fernand Dartigues se plaisait à choquer son auditoire en affirmant que les trois maux de l’humanité étaient : la démocratie, la démagogie et la démographie. Si les clefs de la démographie sont entre les mains des leaders religieux et de leurs interprétations tendancieuses de textes dits sacrés ainsi qu’entre celles d’idéologues laïcs qui nous poussent (eux aussi) droit dans le mur, la démocratie est en principe entre les nôtres. Mais, dans l’exercice de la démocratie, ceux qui en ont la charge n’ont toujours rien trouvé de mieux (pour se faire élire et réélire) que de faire de la démagogie. Le chien ne se mordrait-il pas la queue ?