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Biot : le décor fragmenté de Fernand Léger,

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spectateur de l’homme instrument de la société moderne…

L’exposition « Fragments, regard sur la collection du musée national Fernand Léger » (du 24 octobre au 18 janvier prochain) part du constat de l’omniprésence de fragments d’objets, de machines ou de corps, dans les dessins de l’artiste. Pourquoi ces morceaux de réalité, ces gros plans ou ces vues éclatées, viennent-ils ainsi ponctuer l’œuvre d’un peintre célèbre pour ses grandes compositions picturales ?

Deux sources expliquent cette fascination. Dans les années dix, la réflexion de Léger autour du cubisme se fonde sur l’observation d’une nouvelle fragmentation du réel : « L’homme moderne enregistre cent fois plus d’impressions que l’artiste du XVIIIème siècle ; par exemple, à tel point que notre langage est plein de diminutifs et d’abréviations », écrit-il en 1914. Le morcellement est le propre de cette société moderne en plein essor technologique et urbain, dont l’artiste s’attache à transcrire le rythme syncopé.

Quelques années plus tard, la révélation du cinéma marque pour Léger la naissance d’une esthétique du fragment. Son film, Le Ballet mécanique réalisé en 1924, présente figures humaines et objets, cadrés au plus près, tronqués ou démultipliés. Le fragment individualisé devient porteur d’un drame nouveau, situant l’action non plus dans l’ordre traditionnel du récit mais dans un domaine purement plastique. Par cette poétique du détail, Léger entend fonder « un nouveau réalisme », apte à rendre compte de la nature foncièrement discontinue de la vie moderne.

La vision fragmentaire, à travers tous ses effets (gros plan, décadrage, isolement et répétition de certains motifs), caractérise la plupart de ses dessins. En tant que première étape de création, les esquisses s’attachent naturellement à étudier chaque détail des compositions picturales à venir. Mais l’intérêt pour le fragment s’inscrit chez Léger dans une théorie plus globale : le passage d’un art narratif fondé sur le sujet à une œuvre concentrée sur la seule beauté plastique de l’objet. En évacuant tout sentimentalisme, la vue en fragments permet à l’artiste d’exprimer pleinement la force d’évocation des objets du quotidien.

L’exposition présente des œuvres de l’ensemble de la carrière de Fernand Léger et rend compte de la diversité des styles et des techniques utilisés dans son travail graphique. Le fonds des dessins de la collection (mines, encres et gouaches), exposé pour la dernière fois au musée il y a douze ans, est rapproché d’œuvres céramiques et cinématographiques.

Le travail de mise en valeur de l’œuvre de l’artiste est dans ce temple qui lui est dédié, toujours d’une grande efficacité pédagogique et contribue non seulement à mieux comprendre mais à aimer l’homme engagé, sa vision sur un monde en révolution… industrielle. Saluons le sérieux dans le professionnalisme et la passion qui animent tous les acteurs du Musée national.

  • Musée national Fernand Léger - Chemin du Val de Pome - 06410 Biot - 04 92 91 50 30 -