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Goncourt : Marie Ndiaye une femme… trois fois puissante,

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Catégorie Les Arts au soleil

qui manie aussi bien le verbe que l’apostrophe.

La controverse faisant suite aux propos d'Eric Raoult, député de la nation, sur un présumé « devoir de réserve » de la lauréate du prix Goncourt, fait couler beaucoup d’encre. Marie Ndiaye avait livré l’été dernier ses états d’âme… politiques à un journaliste des Inrockuptibles, dans une longue interview où il était surtout question de ses états d’âme… littéraires.

Revenons au texte incriminé : « Je trouve cette France-là (la France de Sarkozy) monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. »

Avant même le début de la polémique, Marie NDiaye avait tempéré ses propos sur Europe 1, estimant ses propos, sans toute fois les renier, « très excessifs ». De quoi faire réfléchir les uns et les autres. Ceux qui pensent que les artistes sont tenus, surtout lorsqu’ils reçoivent un prix éminent, à un devoir de réserve. Cela semble ridicule et ressemble à de la censure, encore que, si l’artiste recevait ce prix au nom de la France, le problème pourrait se poser. Mais, il ne se pose pas ici, ce n’est pas la France qu’on récompense mais une auteur de roman. Sommes-nous bien dans un pays qui élie démocratiquement ses représentants, qui affirme avoir une justice… indépendante du pouvoir politique, un pays où la censure, devrait-elle passer par l’autocensure, n’a de raison d’exister. L’Amérique de Bush et d’Obama pourrait sur ce point nous donner la leçon. Le premier amendement de leur Constitution fondatrice garantit à tout un chacun une totale liberté d’expression. Quand aux visiteurs traînant leurs guêtres à Londres, un dimanche matin, à Marble Arch Corner, ils peuvent entendre les « Fous parleurs » attaquer violemment les autorités religieuses ou politiques sans qu’aucun des bobbies présents n’interviennent.

D’un autre côté, qu’a-t-on à gagner à manier ainsi l’insulte qui s’apparente à une forme de terrorisme intellectuel ? Il y a d’autres façons plus nobles, plus argumentées, plus efficaces de critiquer ce qu’on juge critiquable. Il est vrai qu’en ce domaine le « Casse-toi pauvre con ! » de Nicolas Sarkozy ne donnait pas le bon exemple. Car, ce qu’on s’accorde à soi, en tant que président et dans le cadre des ses fonctions, on se doit de l’accorder aux autres, n’est-ce pas ! Se laisser aller à l’insulte n’est-il pas un signe de faiblesse et de désarroi ?

Ecrivain de talent, Marie Ndiaye, vaut mieux que ça. Elle convient maintenant qu’elle y a été un peu fort. C’était avant son Prix Goncourt. Si elle avait pu le prévoir, elle aurait probablement modéré l’expression de son insatisfaction à vivre dans une France sarkozienne. D’autre part, les membres du jury Goncourt avaient-ils lu ou retenu les propos de leur favorite ? Désaormais, la marche arrière est impossible, même si certains d’entre eux se sentent un peu gênés aujourd’hui par les proportions qu’a prises l’affaire…

Cela ne manque pas de rappeler le cas récent de Frédéric Mitterrand et de son livre sur ses préférences sexuelles et ses mémoires… d’outre-mer. En tant qu’individu et en tant qu’écrivain, le contenu ne posait pas de problème et son livre fut salué par beaucoup, dont notre président… Mais l’auteur devenant ministre, auguste représentant de la République, cela en devient une tout autre affaire, d’autant plus qu’il y a toujours quelques petits malins pour fouiller dans les poubelles… avec les meilleures intentions du monde.

On peut comprendre que, sur le dossier Marie Ndiaye, Frédéric Mitterrand soit dans ses petits souliers. Il préfèrerait pour le coup qu’on l’oublie, c’est pourquoi il botte en touche. « Passez, il n’y a rien à voir ! » Ferait-il parti des faux-culs, membre de cette « République des fayots » dénoncée par Daniel Cohn-Bendit, ministre plénipotentiaire de la permissivité ?

La gauche bien pensante, PS en tête, ne savait que faire avec le neveu de François passé aux ennemis mais sur le dossier Ndiaye, elle se régale, c’est du nanan. Le « Il est interdit d’interdire ! » ressort des tiroirs. Refrain connu qui a fait les beaux jours de Mai 68 et le malheur de plusieurs générations sans plus de points de repère. Le député UMP, Eric Raoult, leur a fait un beau cadeau. Le devoir de réserve d’un écrivain, ça n’existe pas ! L’écrivain écrit et assume, point à la ligne. Même s’il reçoit un prix aussi prestigieux que le Goncourt.

Mais, est-ce si simple que ça. En regardant dernière notre épaule, on voit des écrivains condamnés pour leurs écrits. Jean Giono, on l’a volontiers oublié, a fait de la prison pour son « Refus d’obéissance » écrits dans une France en guerre. Encore plus récemment, des biens pensants demandèrent et je crois obtinrent qu’on débaptisa une rue du nom du Prix Nobel de Médecine, Alexis Carrel. Certains chapitres de « L’homme cet inconnu », leur paraissaient une apologie de l’eugénisme. Que dire de Louis Ferdinand Céline, traqué jusqu’en Suède,. Quant à Robert Brasillach, accusé d’intelligence avec l’ennemi, il fut condamné à mort. Le général De Gaule lui refusa la grâce présidentielle. Pour eux, la question du droit de réserve ne se posa même pas.

Sur le fond et toujours sur le thème de la France sarkozienne, Marie Ndiaye oublie, comme tous les antiaméricains primaires, que la France comme l’Amérique, est coupée en deux. Que si 53 % des électeurs français ont voté pour Nicolas, les autres ont voté Ségolène, que si 52,91 % des électeurs américains ont voté Barak, les autres ont donné leurs voix à son opposant…

Par ailleurs, on ne peut reprocher à Marie Ndiaye d’être incohérente. La France de Sarko ne lui plait pas, il ne fait plus bon y vivre… elle la quitte, avec mari et enfants, contrairement à Yannick Noah, la personnalité la plus souvent plébiscitée par les… Français. Il avait déclaré aux lendemains des élections présidentielles qu’il ne resterait pas dans cette France-là. Une France qui, à ses yeux, n’est sans doute pas assez accueillante, pas assez généreuse, qui ne respecte pas assez les droits de l’homme, qui ne donne pas tous les moyens à ceux qui viennent chez nous pour s’intégrer, pour saisir leur chance. Mais est-ce bien le reflet de la réalité ? Grand champion de tennis, habitué aux rencontres internationales et aux cérémonies protocolaires, n’est-il pas un peu gêné lorsque le public siffle la Marseillaise et que les joueurs d’une équipe nationale ne bougent même pas les lèvres lorsqu’on joue l’hymne national ? Leur attitude est-elle seulement due à leur haine à l’égard de Sarkozy ou leur mépris pour la France et les Français ?