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Délinquance : suite mais sans fin.

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Catégorie Pieds dans le plat

Trois fils de notables agressés en 24 heures à Marseille, la partie émergée d'un iceberg...

Telle était l’information publiée hier dans la presse. En aurait-t-on parlé s’il ne s’était pas agi de fils de notables ? Pas sûr. Quelque suite peut-on attendre de ces délits dont ont été victimes ces enfants de personnalités ? Nul ne le sait encore mais ne soyons pas trop optimistes. Par les temps qui courent, l’autorité a du mal à se faire respectée, elle est sous pression. Si elle en fait trop, on parle de dérapage, si elle n’en fait pas assez on l’accuse de ne pas faire son boulot. Le système judiciaire est lui, à bout de souffle. Il condamne sachant que les peines ne seront pas forcément appliquées, qu’il n’y a plus de places dans les prisons, que la prison n’est pas forcément la solution… Alors on convoque, trois mois après les faits, des délinquants, souvent mineurs, certains ont eu le temps de récidiver, pour leur donner une petite tape sur les doigts : surtout ne recommencez pas, hein !

Tout ça est bien triste et prouve les faiblesses de notre Etat de droit qui n’a pas su et pu anticiper l’évolution de notre société. Nous touchons aux limites du système. Une réforme est nécessaire, celle proposée par le gouvernement est-elle bonne ? Ceux-là même capables d’y répondre sont souvent prisonniers de leur corporatisme. D’autres, dans l’opposition critiquent, toujours aussi systématiquement mais sont incapables d’apporter des solutions crédibles. Qu’ont-ils faits de mieux durant les années Mitterrand ?

Le fils de onze ans de Renaud Muselier a été racketté. Le même jour, c’était au tour du fils du préfet délégué pour la sécurité et la défense, Jean-Luc Marx, puis le petit neveu du procureur de la République, Jacques Dallest, de connaître la même expérience traumatisante. Les coupables, s’ils sont arrêtés, ce qui est peu probable, seront-ils punis avec sévérité comme le réclame Renaud Muselier, député UMP ? Il y aura toujours un avocat qui s’élèvera sur une mesure qu’il aura beau jeu de qualifier d’ « exception » et, si le délinquant est mineur, alors là, Adieu veau, vache, prison ! Même pris sur le fait, mieux vaut relâcher le « présumé » coupable, ici, les mineurs font la loi !

Ces incidents, aussi médiatisés soient-ils, ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la petite délinquance, celle qu’on qualifie pudiquement sous le terme générique d’ « incivilité ». Car qu’est-ce après tout qu’un petit racket, un vol de portable, une voiture volée, conduite sans permis, sinon des actes d’incivilité qui ne prêtent pas à conséquence… sinon qu’ils sont la porte ouverte à de plus grosses « bêtises ».

Si ces victimes ont attiré l’attention des médias, c’est, on l’aura compris, parce qu’elles sont les enfants de notables. Mais les autres, les sans pedigrées, qui n’osent même pas se rendre au commissariat pour porter plainte ? Ils n’apparaîtront jamais dans les statistiques. Sans aller bien loin, le fils du rédacteur de ce papier d’humeur a été victime à Marseille d’un « incident » de ce genre, plaqué contre un mur près de la gare Saint Charles, les lunettes cassées… un autre de ses amis, à Lyon, près de la faculté, agressé au couteau, prendra la fuite, malgré sa ceinture noire de judo…

À l’heure où l’on débat sur les dangers d’une société où règnerait trop de sécurité, constatons que l’insécurité est une réalité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est bien regrettable.