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La Suède : une immigration « réfléchie »…

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Un rapport sur la question laisse envisager plusieurs pistes.

Au moment où le gouvernement suédois envisage une libéralisation de l’immigration de travail, au terme de laquelle un titre de séjour devrait être donné à tout étranger disposant d’un contrat de travail, un rapport d’expert présenté au « Conseil de la mondialisation » suédois traite la question suivante : une immigration libre est-elle compatible avec un État providence développé ?

L’auteur déploie un argumentaire vigoureux en faveur d’une immigration libre, avec néanmoins quelques garde-fous. Pour lui, la libre circulation des hommes, au même titre que celle des biens, ne peut être que bénéfique pour la Suède. Mais la Suède possède un système de protection sociale qui confère, pour partie, des droits aux résidents et non aux seuls travailleurs. Les immigrés les moins qualifiés peuvent finir par devenir une charge pour le système, si certains emplois leur restent fermés et si « des prestations sociales généreuses leur permettent de survivre confortablement sans travailler ».

Pour l’auteur du rapport, la solution tient en quatre éléments : lutter contre les discriminations et assurer l’égalité des chances sur le marché du travail ; réformer le marché du travail pour promouvoir la flexibilité et l’employabilité ; lutter contre les trappes de chômage et d’inactivité créées par la protection sociale ; ne pas conférer les mêmes droits sociaux aux étrangers qu’aux nationaux. Ce quatrième choix a des chances d’être perçu comme étant « politiquement incorrect » ….

Concrètement, outre le fait que les nouveaux immigrés n’auraient pas droit aux prestations d’assistance (revenu minimum, allocation logement), ils ne seraient autorisés à rester sur le territoire suédois, en cas de perte de leur emploi, que pendant trois mois. La conclusion de l’auteur est claire : une immigration libre est pleinement compatible avec un État providence développé, car accorder aux étrangers le droit de travailler n’implique pas de leur donner les mêmes droits aux prestations sociales qu’aux citoyens du pays d’accueil.

En dehors des questions éthiques qu’elle pose, il y a un point faible dans la démonstration : si les immigrés ne sont pas éligibles au bénéfice de certaines prestations sociales, contribueront-ils à leur financement ? Dans la négative, ne risque-t-on pas d’introduire une distorsion sur le marché du travail, la main-d’œuvre étrangère devenant, toutes choses égales par ailleurs, moins chère que la main-d’œuvre nationale ?

Comme il y a une immigration subie qui s’oppose au concept d’immigration choisie, y aura-t-il en Suède une « immigration réfléchie » ? Les Suédois ont d’ores et déjà raison sur un point : mieux vaut réfléchir avant qu’après !