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Déchets nucléaires : l’appât du gain…

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Les arguments sonnants et trébuchants de l’« Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs » ont leurs limites.

Qui veut des déchets… nucléaires dans son jardin ? Dans le jardin du voisin peut-être mais pas dans le mien, c’est sûr… Not in my back yard, please ! Individu par individu, j’en connais peu qui voudraient prendre ce risque pour eux et pour leurs enfants. Quoique… je me souviens qu’en 1998, suite à l’arrêt du Super Phenix, premier réacteur nucléaire de forte puissance, la population et les élus étaient descendus dans la rue pour protester. « Des emplois, des emplois ! », tel était le slogan martelé. À tout prix, à n’importe quel prix… Le prix de l’argent, celui des emplois directs et induits, celui des retombées économiques pour la région ou les villes et villages concernés. Personne ne crache dessus. C’est un argument de poids et les élus y sont particulièrement sensibles qui voient là des taxes gigantesques, véritable manne pour équilibrer leur budget et, par exemple, se payer des installations sportives ou culturelles.

Mais, le problème des déchets nucléaires a pour lui quelque chose de plus, ou de moins selon de quel côté on se place, que les autres déchets. Il a une durée de vie qui peut atteindre des centaines, quelquefois des milliers d’années. Et il charrie avec lui tout un lot d’incertitudes quant à notre capacité à en contrôler les nuisances.

Mais les déchets sont là et ils s’accumulent. Le processus n’est d’ailleurs pas prêt de s’arrêter. La crise économique, liée à celle de l’énergie, donne à nos décideurs et aux lobbies du nucléaire, du grain à moudre. Il nous faut de plus en plus d’énergie et donc de plus en plus de centrales nucléaires de par le monde, pour assouvir nos besoins, notre petit et grand confort… Nous sommes prêts à tout pour séduire le Dieu de la consommation. Et ce Dieu ne se contente pas des énergies propres, il lui faut un sacrifice, il lui faut du nucléaire…

Nucléaire y es-tu ? Nucléaire que fais-tu ? Nucléaire, je suis là… et déchets te laissera.

L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, l’Andra, cherche un nouveau site pour y enfouir des déchets radioactifs, dits de faible activité à vie longue. Une étiquette anodine, pour qualifier des déchets qui sont tout sauf inoffensifs ! C’est en tous les cas l’avis de Philippe Brousse, directeur du Réseau Sortir du nucléaire.

À ce jour, parmi les 3115 communes démarchées par l'Andra, dix huit communes ont pris par délibération de leur conseil municipal la décision de se porter candidates pour accueillir ce site d'enfouissement. Aucune de ces communes ne semble s’être embarrassée de consulter ses habitants ! Il est permis de penser que les fortes sommes d'argent promises pour "accompagner" la commune choisie ont plus pesé dans ces décisions que les présumés risques sanitaires et environnementaux.

C’est une sorte de corruption légale, avance Philippe Brousse. Il propose de participer à une action urgente. Celle-ci vise à obtenir l'organisation d'un véritable processus démocratique dans les communes candidates, à savoir : - informer les habitants, en donnant un temps de parole égal aux opposants et aux promoteurs du projet, - consulter les habitants par un vote à bulletin secret, - une fois connu le résultat de la consultation, organiser enfin une nouvelle délibération du conseil municipal, par vote à bulletin secret.

Trois communes ont déjà fait ce choix démocratique. À Ville-en-Woëvre, la population s'est prononcée contre le projet à 71,7 %, à Tréveray à 87,8 %… contre.

Il y a le très court terme, le moyen terme et le long terme, voire le très long terme. Il y a l’intérêt particulier, l’intérêt général, l’intérêt des générations futures. Parfois, ils se télescopent… tous.