Paris Côte d'Azur

Magazine d'informations et de commentaires

Cannes-Festival, édition spéciale, 15 mai 1959.

Premier numéro de ce qui allait devenir "Paris Côte d'Azur".

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Avec un certain culot, Fernand Dartigues, fonctionnaire au Ministère de l'intérieur, prit une retraite anticipée pour fonder un magazine bimensuel, dans un premier temps, intitulé : Cannes-Festival .

Ce n'est pas pour rien qu'il avait choisi la fin du 12ème Festival international du film pour publier ce numéro spécial, en fait, le numéro un d'une édition papier qui allait perdurer jusqu'au numéro 919 de mai 2004. Depuis, ses héritiers lui ont donné une nouvelle vie sur le réseau d'Internet.

Fernand Dartigues avait découvert le Festival en 1946, lors de son déménagement à Cannes. Il allait saisir ensuite l'opportunité de devenir le représentant particulier du quotidien genevois, La Suisse, et de couvrir pour lui, prioritairement, la manifestation cinématographique dont tout le monde parlait avec un certain émerveillement.

Tout en continuant à écrire des piges pour l'hebdomadaire Cannes-Midi, il fit parti pendant quelques années, de l'équipe rédactrice d'un des deux quotidiens, La Cinématographie française, diffusés pendant le Festival. Il participait aussi activement au Ciné-Club de Cannes qui, chaque lundi soir, réunissait les cinéphiles dans la petite salle du Palais qui deviendrait plus tard la salle Jean-Philippe. Il y invita Pablo Picasso et sa femme Jacqueline, à venir discuter avec le public, lors d'une représentation du Mystère Picasso, de Henri-Georges Clouzot. Filmé par Claude Renoir et monté par Henri Colpi, ce film avait remporté le Prix du jury en mai 1956…

La première page de ce premier numéro dont son concepteur ignorait si, le mois suivant, il aurait la crânerie de le faire et l'argent pour le réaliser, donnait la plume au maire de la ville. Bernard Cornut-Gentille, un maire, alors encore ministre du Général De Gaulle, et dont Fernand Dartigues avait été le rédacteur en chef de son journal durant la campagne électorale.

L'édito parlait d'un Festival de la paix tandis qu'une large place était faite dans ce numéro aux critiques de films et aux paroles des élus. Ainsi le Dr Lucien Bonhomme, 1er adjoint, et vice-président du Conseil général des Alpes Maritimes pour qui le Festival était "la plus belle occasion de faire flotter sur le fronton de notre Palais des Festivals, les drapeaux des grandes et des petites nations et de retrouver des amis que nous ne verrions pas sans lui."

Jean Méro, adjoint lui aussi, était directeur de l'hôtel Carlton – c'était l'époque où les palaces fermaient en hiver – il exprimait "sa satisfaction de voir Cannes remplir le rôle le plus difficile dans une période où mon hôtel est mis à rude épreuve."

L'adjoint aux finances, M. Paunin, pragmatique comme le réclamait sa fonction et très pédagogique, développait l'aspect économique de la manifestation, qui, en douze ans, avait fait ses preuves :

"Si l'on se place sur le plan très matériel du budget communal, le Festival International du Film, n'apparaît qu'au chapitre des finances. Il n'en faut pas déduire que le Festival n'est pas rentable. Bien au contraire, c'est là une manifestation de propagande touristique personne n'en doute plus….Qui donc, dans le monde entier, ne désirerait pas connaître cette ville prestigieuse, qui n'a rien à envier aux autres sites de rêve dont le nom est connu partout ? Ainsi, le succès touristique de notre station est-il en constant développement, et cela, pour le plus grand bien du commerce cannois. Sans parler de l'accroissement du volume d'affaires – on ne parlait pas encore de business et de marketing – constaté à l'occasion de cette manifestation de grande classe, qui vient heureusement meubler une période creuse d'intersaison…"

Voilà des propos que ne désavoueraient pas le député-maire de Cannes, Bernard Brochand, ni son adjoint au Tourisme et président du Palais des Festivals, David Lisnard

Toujours dans ce numéro historique, le rappel, quelques semaines plus tard en juin, de la venue du Festival Publicitaire, à l'initiative d'un publiciste génial, Jean Mineur. Festival qui devait lui aussi, au fil des ans, devenir la référence dans son domaine.

Autre festival, malheureusement disparu, le Festival international du film amateur, qui se déroulait en septembre, autre période creuse. Il aurait pu, sans faire aucune ombre à son grand frère, gagner, si on lui avait donné le temps, ses lettres de noblesse. Mais les institutionnels n'y ont pas assez cru et les autorités cannoises ne se sont pas senties capables de prendre à leur charge cet événement…

Profitant de sa présence à Cannes, la délégation soviétique, annonçait un Festival du film à Moscou du 3 au 17 août, signe que le rideau de fer était bel et bien tombé…