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David Lisnard perd en appel contre Sud Magazine.

Diffamation or not diffamation ?

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Sud Magazine n’a jamais fait dans la dentelle mais ses prises de positions sont ce qu'elles sont. Que diable, nous sommes encore en démocratie ! La liberté d’expression est une tradition française chèrement acquise. De là à traîner les journalistes devant le tribunal chaque fois qu'ils égratignent un élu de la République, il devrait y avoir une marge.

Bien sûr, il faut rester objectif et faire l'effort de se mettre à la place de l'autre. Le journaliste se sent dans son droit lorsqu'il critique un élu. L'élu, lui, se sent attaqué et fragilisé. Il a un droit de réponse et cela devrait, dans la majorité des cas, être suffisant avant de se lancer dans de longues procédures judiciaires. D'autant que cette réaction ne fait qu'entretenir la polémique. Si vraiment le trait est outrancier, le mieux souvent consiste à traiter l'incident par l'indifférence. Lorsqu'il est possible de prouver la diffamation, c'est une autre affaire. Le journaliste qui propage en toute connaissance de cause de fausses allégations, doit être sanctionné, car il déshonore sa profession.

Y avait-il diffamation dans l'affaire qui oppose l'adjoint au tourisme de Cannes, David Lisnard, au journaliste et directeur de publication Daniel Gargani ? Pour le Tribunal de grande instance de Grasse cela ne faisait pas de doute. Il condamna l'auteur de l'article et le journal a 40 000 euros de dommages et intérêts, ce qui peut apparaître comme une sanction hors de proportion. La Cour d'appel d'Aix a eu une vision très différente et a infirmé le jugement. Sa présidente, Mme Viangalli, a mis en avant que "dans un régime démocratique tout homme politique doit pouvoir faire l’objet de critique sur son action ou même sur ses compétences dès alors que cette critique est dénuée d’animosité personnelle. Pour autant qu’il n’est pas de nature à porter atteinte à l’honneur et à la considération de ce dernier."

On le devine aisément, c'est cette seconde assertion qui permet tout aussi aisément d'ester en justice. Car, lorsqu'on commente la vie publique, on peut être amener à critiquer avec sévérité les actions des élus, de l'administration, des décideurs en tout genre. La frontière est alors difficile à tracer entre le caractère sincère d'une critique et la perception outrageante que peut en avoir celui vers qui elle est dirigée.

Le jugement de la Cour d’appel n’a pas, en tous les cas, découragé David Lisnard qui persiste dans ses accusations et qui a décidé d’aller en Cassation. Laissons, comme on dit, la Justice faire la justice, même si l'actualité nous rappelle qu'elle est n'est pas infaillible… qu'elle est sensible à des pressions, au poids de certains groupes de pression, de certains réseaux…

Sans attendre le verdict, souhaitons que les petits chefs, tout comme les grands, qui occupent, avec une certaine suffisance, la scène publique et dont les décisions gouvernent notre présent comme notre futur, fassent preuve de plus d'humilité. Qu'ils acceptent plus facilement d'être évalué, analysé, attaqué ; qu'ils ne considèrent pas la critique comme un crime de lèse-majesté… Et oui, il faut faire preuve de cohérence, que le beau discours colle avec les actions entreprises et ce n'est ni facile, ni un exercice de tout repos !

Le journaliste a un rôle important dans notre démocratie. Par ses connaissances, ses contacts, par le fait que la loi l’autorise à ne pas nommer ses sources de renseignements, il lui arrive de partir à l’assaut des faces cachées de notre démocratie, de faire de l'investigation. Il découvre parfois des choses qui dérangent. Un des plus grands avocats parisiens nous disait : si vous voulez changer les choses, faites de la politique ou du journalisme. Ces deux activités ont leurs contraintes, pour l'une, il est nécessaire de s'enrôler dans un parti et pour l'autre dans un média. La marge de liberté n'est pas toujours évidente…

La Cour européenne des droits de l’homme proclame que : la liberté d’expression est un des fondements essentiels d’une société démocratique. Plus loin, elle déclare qu’une certaine dose d’exagération, voire de provocation est possible dans l’exercice de la profession de journaliste.

Certains ne veulent pas comprendre. Dramatique exemple, les pressions d'un extrémisme politico-religieux qui s'insurge contre des Versés dit sataniques et des caricatures susceptibles d'offenser le Prophète… Pourtant nul ne devrait avoir besoin d'émarger aux Guignols de l'info ou de piger au Canard enchaîné pour porter à l'attention du public tel ou tel évènement et surtout de le commenter.

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