Vevey. Jean Planque, un collectionneur d’Art…
hors pair.

Félix Vallotton, Paysage, 1923, Don de Mouse Reymond-Rivier, en souvenir de Jean Planque.
Dès le 6 novembre 2026, le Musée consacrera l’ensemble de ses espaces à cette collection remarquable, réunissant peintures, dessins, estampes, sculptures et objets par quelques-unes des figures majeures de l’art moderne, parmi lesquelles Cézanne, Van Gogh, Monet, Renoir, Picasso, Bonnard, Braque, Klee, Dubuffet, de Staël et Tàpies.
Jean Planque, né en 1910 à Ferreyres, petit hameau de la campagne vaudoise, n’a reçu qu’une éducation sommaire. Malgré ce handicap, il se passionne très tôt pour la peinture, découvrant dans la vitrine de plusieurs galeries des tableaux non signés de Renoir, de Cezanne, d’Auberjonois ou de Klee qui le fascinent et qu’il souhaite acquérir. Employé comptable à Bâle de 1929 à 1933, il fréquente un groupe d’artistes qui l’engage à peindre et à visiter les musées. Contraint par la crise à soutenir sa famille, il se fait représentant de produits alimentaires pour animaux. Grâce à une invention-miracle dans ce domaine, il acquiert après-guerre une indépendance financière, lui permettant d’acquérir ses premières toiles et de se rendre à Aix-en-Provence afin de « refaire Cézanne sur nature ». En 1951, il rejoint Paris, pour perfectionner son art.
De 1954 à 1972, Jean Planque est le conseiller et le représentant de la galerie Beyeler à Paris. C’est grâce à son regard avisé que la galerie allait devenir l’une des plus importantes d’Europe. Pendant près de vingt ans, le Vaudois fréquente les marchands de la capitale, visitant les expositions et tissant des liens de confiance avec bon nombre de conservateurs, de collectionneurs et, surtout, d’artistes. Son « œil » est à la fois redouté et admiré.
C’est grâce à cette action en faveur de l’institution bâloise que cet homme d’origine modeste parvient à rassembler, au gré de fabuleux hasards et d’opportunités servies par un rare pouvoir de persuasion, plus d’une centaine de toiles et dessins des maîtres des XIXe et XXe siècles. Dans les premières années de son activité, ses pas restent toutefois attachés à la figuration classique. Mais au gré de ses rencontres avec les artistes vivants, tels Sonia Delaunay, Jean Dubuffet, Alberto Giacometti et Pablo Picasso, dont il devient rapidement l’ami ou le confident, il a l’occasion d’acquérir à bon prix - et même de recevoir - de prestigieux tableaux.
Des liens se tissent sans cesse entre les tableaux de peintres que personne n’avait imaginé pouvoir associer. Ainsi, de Degas à Picasso, de celui-ci à Nicolas de Staël, de Klee à Bissière, de Bazaine aux Espagnols comme Tàpies, Clavé ou le mexicain Toledo, de Dubuffet à Kosta Alex, Soutter ou Aloïse, c’est l’extraordinaire intuition du collectionneur qui permet qu’un véritable roman illustré se construise en dehors des habituelles références. On sort de la visite de cet ensemble d’œuvres avec l’impression que toutes ces connexions… improbables sont... évidentes.