Économie. Un plan robuste pour éviter le pire et croire au meilleur...

1. Électrifier, partout où c’est possible : généraliser la voiture électrique sobre, les camions électriques, et les pompes à chaleur pour les bâtiments : ces trois chantiers à eux seuls permettent d’abattre un tiers des émissions de CO2 actuelles.
2. Produire de l’électricité bas-carbone : pour électrifier massivement il nous faut produire plus d’électricité : nucléaire ET renouvelables. Prolonger le nucléaire historique, lancer le nouveau nucléaire, mais aussi déployer l’éolien terrestre et en mer, et le photovoltaïque.
3. Maîtriser notre consommation d’énergie : les quantités d’énergie bas-carbone seront limitées, il faut donc limiter aussi notre consommation. Comment ? En déployant le vélo, les transports en commun du quotidien, le train, la rénovation thermique des bâtiments, en réduisant d’un tiers le trafic aérien et en maîtrisant le déploiement du numérique et en particulier de l’IA.
4. Réduire les émissions de gaz à effet de serre qui viennent de l’agriculture : réduction des cheptels et déploiement des légumineuses, pour limiter notre dépendance aux engrais de synthèse et accroître la production de protéines bas-carbone. Selon notre consultation auprès de 8 000 agriculteurs (2024), la quasi-totalité d’entre eux veulent changer leurs pratiques à condition d’être soutenus financièrement.
5. Préserver les puits de carbone naturels : dans le secteur agricole, il faudra sanctuariser les prairies permanentes (grands réservoirs de carbone et de biodiversité) et déployer massivement les pratiques stockantes (haies, couverts végétaux...). Il sera aussi nécessaire d’adapter les forêts et l’agriculture au changement climatique en diversifiant notamment les essences d’arbres, et d’adopter une gestion des forêts durable, en privilégiant les usages locaux et long terme pour le bois.
6. Renforcer l'industrie française pour décarboner les procédés et assurer qu’elle soit au service de la décarbonation et robuste aux chocs : il faudra en particulier développer des filières à grande échelle pour l'hydrogène, le recyclage de l'acier ou la capture du carbone.
7. Prioriser les usages essentiels pour les Français : électricité, eau, cuivre ou foncier : les ressources essentielles à la décarbonation étant limitées, il faut s’assurer qu’elles soient disponibles pour répondre aux besoins essentiels de la population (production alimentaire, déplacements quotidiens, chauffage, santé...). Parce qu’on ne pourra pas tout faire, certains usages énergivores comme les centres de données devront être maîtrisés.
8. Anticiper les besoins en emplois dans les secteurs clés de la décarbonation : électricité bas-carbone, transports en commun, rénovation des bâtiments... À l’inverse, certaines activités comme le transport aérien ou le fret routier vont voir leurs effectifs se contracter. Il faut donc anticiper dès maintenant ces profondes mutations du monde du travail, donner de la visibilité aux acteurs économiques pour qu’ils identifient leurs besoins en emploi et en compétences, prévoir les formations adaptées, et faciliter les reconversions.
9. Tenir compte des spécificités territoriales : les leviers ne sont pas les mêmes partout ! La planification nationale ne peut pas ignorer l’échelon local. Il faut mettre à disposition, dans le temps, les moyens organisationnels, techniques et financiers nécessaires à la résilience des territoires. Et renoncer dès maintenant aux projets incompatibles avec un monde décarboné.
10. Et enfin, faire face à l’incertitude avec lucidité. Ce que nous savons avec certitude, c’est que les prochaines décennies auront leur lot de crises et de perturbations. Il nous faudra donc sécuriser notre transformation malgré ces chocs : mener tous les chantiers avec des objectifs un peu plus ambitieux que nécessaire, avoir des plans B, C ou même D pour tenir nos objectifs de décarbonation, diversifier les options pour réduire les risques d’échecs, et savoir trancher et arbitrer, même si cela peut parfois se révéler difficile.
Réussir à l’ère des crises : Un plan robuste pour l’économie française
éditions Odile Jacob