Expo. Le Souffle et le Vide…

Dans le cadre du programme dédié au dialogue entre architecture et art contemporain, la Cité de l’Architecture propose pour la fin de l’année de découvrir l’artiste Ma Kelu, déjà connu et reconnu en Chine et aux États-Unis notamment. L’artiste est né à Shanghai en 1954. Il appartient à une génération d’artistes qui, dès les années 1970, s’inscrit en marge des cadres officiels. Membre fondateur du groupe No Name, il s’installe à New York à la fin des années 1980, où sa compréhension de l’action painting et du color field le conduit vers une abstraction gestuelle, atmosphérique et dépouillée.
Sous le commissariat de Matthieu Poirier, l'exposition propose une plongée dans le mouvement et le chaos visuel, dans l'esprit des fresques médiévales exposées dans la galerie des peintures murales de la Cité. Les 33 œuvres présentées sont issues de sa série la plus récente intitulée Ada. Dans un écrin remarquable, la peinture de Ma Kelu entre en résonance, tant par sa forme que par son fond, avec les figures religieuses suspendues sur des ciels unis. Ses motifs évoquent des nuages façonnés par le vent, des figures qui semblent échapper à la gravité. Ce qui frappe avant tout dans ses formes, c'est la manière dont elles donnent à ressentir l'écoulement du temps, à l'instar de Judith Reigl ou Hans Hartung.
On y retrouve notamment l'atmosphère des dernières années de Monet et la frontalité propre à Matisse, mais l'écriture abstraite de Ma Kelu échappe à toute grille de lecture. Son univers, oscillant entre ombre et lumière, reste constamment instable et foisonnant. Traversé de signes, il se transforme, le temps du regard, en un ciel immersif et hypnotique, à travers lequel notre œil se glisse parmi les filaments de peinture. Le mystère persiste. D'une toile à l'autre, la répétition dessine un espace de jeu où chaque forme affirme sa singularité par le mouvement. En optant pour la monochromie ou, plus exceptionnellement, la bichromie, l'artiste met en valeur le geste répété et varié, véritable moteur d'une métamorphose.
Fait intéressant, Ada n’est rien d’autre que la transcription du cri de combat de Bruce Lee. Pour l’artiste Ma Kelu, cette exclamation évoque une action immédiate, déclenchée sans réflexion préalable, un mode d’apparition de la peinture. Il résume d’ailleurs cette impulsion spontanée dans une formule : « tout y est, mais il n’y a rien », porteuse d’une tension chère à François Cheng entre plein et vide, énergie et néant.
Pour Matthieu Poirier : « Longtemps restée en marge des grands récits de l'art chinois post-maoïste, l’œuvre de Ma Kelu gagne aujourd'hui une reconnaissance croissante au sein des collections institutionnelles, à la Tate Modern, au Guangdong Art Museum, au M+Art Museum ou encore au National Museum of China... »
