Nice. Les traces sur toile de la Belle Époque…

Le musée des Beaux-Arts Jules Chéret célèbre jusqu’au 4 avril prochain les fastes de la Belle Époque (1871-1914), période qui constitue un des cœurs incontournables de ses collections. Les donations d’artistes, de collectionneurs et de mondaines offrent un aperçu de cette époque fantasmée et du cosmopolitisme niçois. Présentant des scènes carnavalesques aussi bien que des portraits de célèbres compositeurs et princesses étrangères, l’exposition met plus particulièrement la lumière sur de talentueuses artistes lyriques et dramatiques, qui, par la reconnaissance mondiale qu’elles atteignent, exercent une indépendance et une autorité inédites.

Jules Chéret, Un verre de chianti,

musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Don du baron Joseph Vitta en 1927 © Ville de Nice.


La question de la représentation s’étend donc de la scène à l’art du portrait, du spectacle à la projection de soi, et révèle aussi l’importance de la mode, culminante dans la seconde moitié du XIXe siècle avec le développement de la confection, ancêtre du prêt-à-porter, et l’émergence de la haute couture. Les portraitistes, en immortalisant leurs modèles vêtus de costumes de théâtre, de déguisements, d’habits de fête, de tenues d’apparat ou à la pointe de la modernité, leur offrent sur la toile le lieu d’une ultime et éternelle mise en scène.

Dans la société très inégalitaire de la Belle Époque, en proie à de fréquents conflits, le théâtre et le bal s’imposent, selon des modalités variées, comme des loisirs partagés par toutes les couches de la population. Le carnaval en particulier est la fête par excellence où aristocrates, bourgeois et ouvriers se mêlent dans les rues, dissimulés sous des déguisements. Débordant du cadre carnavalesque, les bals masqués et costumés deviennent un divertissement de toute l’année, qu’aucun autre siècle ne pratique avec autant de fièvre. Les théâtres, cirques, skating-rinks, cafés-concerts et cabarets organisent leurs propres événements, ouverts à toutes et tous moyennant un billet d’entrée. En parallèle, les réceptionsgrandioses prolifèrent dans les cercles aristocratiques et mondains.

La vie artistique participe du faste de Nice, ville cosmopolite par excellence, à la Belle Époque. De grands compositeurs, comme Giacomo Puccini, des solistes internationaux et des grands noms de la littérature, à l’image de Jean Lorrain, y séjournent. MarieBashkirtseff y croise Sophie Cruvelli, devenue vicomtesse Vigier, qui tient dans sa villa un salon musical. Madeleine Lemaire expose à L’Artistique, cercle que fréquente Jules Massenet et son librettiste Henri Cain, tandis que l’épouse de ce dernier, Julia Guiraudon-Cain, partage parfois l’affiche avec Emma Calvé. Ces anecdotes, pour n’en citer qu’une poignée, soutiennent l’idée que le « grand monde », bien que cosmopolite, est un microcosme, un espace social à part marqué par le luxe, la notoriété et le goût des loisirs.


Kees Van Dongen, Portrait de Madame Jenny, musée des Beaux-Arts Jules Chéret,

Legs de Mme Jenny Sacerdote en 1962 © Ville de Nice.


Musée des Beaux-Arts Jules Chéret

33, avenue des Baumettes 06000 Nice

tel. 04 92 15 28 28