Xavier Nogueras. Canard boiteux ?

Catégorie Les paradoxales
L’avocat pénaliste livre ici un récit sensible, sincère sur les épisodes importants de sa vie qui l’ont conduit à choisir le monde judiciaire. Avec une belle plume, il nous raconte trois histoires qui s’entrecroisent à commencer par le choc de la disparition précoce de son père.


Xavier Nogueras raconte quarante ans de justice, de procès hors norme en commençant par la quête fondatrice d’un père disparu. En juin 1989, Xavier a neuf ans lorsque son père disparaît. Juge d’instruction, celui-ci meurt brutalement à trente-neuf ans. Cette absence va accompagner toute la construction de l’enfant devenu homme. Des années plus tard, il choisira à son tour le monde de la Justice, mais de l’autre côté de la barre. Il deviendra avocat pénaliste et consacrera sa carrière à défendre ceux que l’on juge.

Xavier prête serment en 2011. Se consacrant à des dossiers pénaux très sensibles, il fait vite la une des journaux jusqu’à son élection comme 11e secrétaire de la Conférence des avocats au Barreau de Paris en 2013. Carlos, Dieudonné, les revenants de Syrie, Jawad Bendaoud, Robert Dawes... Pendant une décennie, il intervient notamment dans de nombreux dossiers polémiques liés à l’association de malfaiteurs terroriste et aux filières de candidats au djihad. Puis vient le procès hors norme des attentats du 13 novembre 2015, au cours duquel il intervient pendant plus de dix mois d’audience. Le livre revient aussi sur une expérience qui l’a placé, cette fois, de l’autre côté de la défense : son propre procès. Mis en cause dans une affaire judiciaire, l’avocat a lui-même connu l’épreuve de la confrontation avec la justice.

Trois histoires se répondent ainsi tout au long du livre. Celle d’un enfant confronté à la disparition de son père, celle d’un avocat qui se construit au contact des grandes affaires pénales et celle d’un homme qui, à son tour, se retrouve devant la justice. Avec beaucoup de pudeur et d’humanité, il raconte ce que les grandes affaires judiciaires ne disent pas : les hommes derrière les dossiers, les relations qui se nouent dans les Palais de justice et ce que le métier d’avocat pénaliste exige de celui qui l’exerce. Placé pendant de longs mois sous les feux de l’actualité, le défenseur des « méchants » devient alors une cible privilégiée...


« Nous sommes un mercredi du mois de juin 1989, j’ai huit ans, presque neuf. L’air sent la craie, les pins, et ce mélange de poussière et de lumière qu’on ne trouve que dans le sud de la France au début de l’été. (...) Je suis assis sur un muret en pierres chauffées par le soleil des journées printanières. (...) On est mercredi midi et j’attends que mon père vienne me chercher avec sa moto. C’est le moment que je préfère de la semaine. Le cœur bat plus vite à chaque bruit de moteur qui s’approche. Chaque minute d’attente ajoute un peu de lumière au souvenir. Je suis très fier quand il vient, car tous mes copains voient que je monte sur une moto. Ce n’est pas seulement la moto : c’est la promesse, cette fierté d’enfant de faire partie d’une autre histoire. Dans leurs yeux, je vois passer l’envie, le rêve. Et je me sens, l’espace d’un instant, choisi. Il me place devant lui sur la moto, pas derrière comme tout le monde. Devant, j’ai l’impression de conduire ; j’ai l’impression de voler. Mes mains posées sur le guidon, son blouson de cuir derrière moi comme un mur chaud et protecteur. (…) »



Dans une famille, il y en a toujours un qui tourne mal

Xavier Nogueras - Collection Jacques Dallest

Préface de Matthieu Chirez, avocat, ancien secrétaire de la Conférence Editions Mareuil