La Provence à cœur...

Charles Camoin, Le quai du port à Marseille.
Créé en 1989 à l’initiative de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le FRAOP, propriété d’Arsud, rassemble une collection née d’une volonté de préserver, enrichir et transmettre un patrimoine artistique profondément ancré dans l’histoire du territoire. Elle rassemble 138 œuvres de 32 artistes, réalisées entre 1840 et 1950 : peintures, dessins, affiches et sculptures. Elle réunit notamment des œuvres d’Émile Loubon, Paul Guigou, Adolphe Monticelli, Félix Ziem, René Seyssaud, Auguste Chabaud, Louis-Mathieu Verdilhan ou encore David Dellepiane.
Si la Provence est devenue au XIXe siècle une terre privilégiée pour les artistes, elle n'est jamais seulement un décor dans leurs œuvres. Elle est un sujet, une lumière, une matière et un espace d’expérimentation. Au milieu du XIXe siècle, le paysage s’impose comme l’un des grands thèmes de la peinture provençale. Le regard des artistes se porte d’abord sur l’arrière-pays, sa rudesse et ses paysages lumineux, avant de s’ouvrir progressivement vers la Méditerranée.
Les œuvres d’Émile Loubon, Prosper Grésy, Paul Guigou et Félix Ziem témoignent de cette attention nouvelle portée à la nature et à la lumière du Midi. À travers leurs paysages, les artistes ne cherchent plus seulement à représenter un lieu : ils expérimentent les effets de l’atmosphère, les variations de la lumière et les vibrations de la couleur. La Provence devient ainsi un véritable laboratoire pictural.
La mer occupe une place essentielle dans cette histoire. La peinture de marine évolue profondément au cours du XIXe siècle : d’abord associée aux tempêtes, aux naufrages et aux activités commerciales ou militaires, elle s’oriente progressivement vers une représentation plus familière et poétique des rivages, des plages, des criques et des calanques.
Marseille, Toulon, Martigues, l’Estaque, la Pointe Rouge ou les Goudes deviennent autant de motifs privilégiés. Les ports témoignent aussi des transformations des villes et de l'entrée dans la modernité. Activité commerciale, navires, cheminées d’usines, grues et nouvelles infrastructures. Avec les artistes du début du XXe siècle, le sujet évolue encore. La représentation du port et de la mer devient prétexte à une recherche sur la couleur, la lumière et la matière. Chez René Seyssaud, François Nardi, Charles Camoin ou Louis-Mathieu Verdilhan, la mer se libère progressivement de l’anecdote pour devenir elle-même un espace pictural. CQFD !