Europe. La dissuasion avancée...

Catégorie Les paradoxales
L’invasion de l’Ukraine en février 2022, le chantage nucléaire opéré depuis lors par la Russie puis l’éloignement des États-Unis de l’Europe rappellent l’intérêt pour la France de pouvoir disposer d’une dissuasion nucléaire opérationnelle, crédible et indépendante.


Le sous-marin nucléaire d'attaque Saphir, photo Jean-Michel Roche.


Le discours du président Emmanuel Macron du 2 mars 2026 prononcé sur la base opérationnelle de l’Île Longue a constitué, dans ces conditions, à la fois le point d’arrivée d’une réflexion conduite par tous les présidents de la République sur la dimension européenne de la dissuasion nucléaire française mais également un point de départ pour mettre en œuvre des partenariats avec les neuf pays qui, en septembre 2026, ont répondu favorablement à l’offre de « dissuasion avancée » formulée au nom de la France.

Cette évolution de la doctrine nucléaire ne remet pas en cause les principes fondamentaux sur lesquels elle repose depuis 1964 (souveraineté de la décision, indépendance des moyens, définition des « intérêts vitaux » par le chef de l’État). Le président de la République a toutefois ouvert la voie à des partenariats qui pourront aller d’une coordination étroite avec le Royaume-Uni dans le cadre d’une relation stratégique approfondie à des coopérations « à la carte » avec les neuf autres États pouvant prendre la forme d’une participation aux exercices des forces nucléaires françaises.

Le chef de l’État a rendu publiques deux décisions importantes. La première concerne un rehaussement de l’arsenal nucléaire français - rompant avec la réduction de l’arsenal engagée dès 1995 et confirmée en 2008 - qui doit permettre à la fois de dissuader une coalition d’adversaires possesseurs de l’arme nucléaire et de répondre à l’amélioration des défenses sol-air des compétiteurs. La seconde consiste à proposer aux pays européens qui le souhaitent d’accueillir des « déploiements de circonstances » des Forces aériennes stratégiques (FAS) sur leur territoire. Les rapporteurs estiment que la mise en œuvre de ces « déploiements de circonstances » ne pourra se faire qu’à moyen ou long terme tout en associant le Parlement.

Dix recommandations ont été faites sur cette base par la Commission des Affaires étrangères et de la Défense :

  1. Préserver une dissuasion nucléaire française indépendante et poursuivre l’ajustement de notre arsenal compte tenu de l’évolution du contexte stratégique.
  2. Maintenir les deux composantes océanique et aéroportée de la dissuasion nucléaire française en tenant compte de l’évolution des technologies des adversaires.
  3. Poursuivre le renouvellement des composantes océanique et aéroportée et garantir les moyens budgétaires nécessaires en préservant les compétences de la BITD.
  4. Accroître le format de la trame chasse en renforçant les moyens des FAS sans exclure à terme une hausse du nombre des escadrons.
  5. Poursuivre la modernisation des SNLE 2G afin de les doter chaque fois que cela est possible d’équipements de dernière génération.
  6. Renforcer les capacités de défense sol/air des sites nucléaires les plus sensibles afin de pouvoir mieux réagir à un engagement de haute intensité en Europe.
  7. Lancer les études pour le développement d’un successeur de 6ème génération à capacité nucléaire du Rafale reposant sur les compétences des industriels français tout en recherchant des partenariats européens ou internationaux.
  8. Développer une trame balistique opérative, stratégique et souveraine pour permettre l’épaulement conventionnel de la dissuasion nucléaire et prévenir son « contournement par le bas ».
  9. Privilégier une vision de long terme pour les investissements logistiques à réaliser sur la base navale de Brest et sur la base opérationnelle de l’Île Longue afin d’accueillir les futurs SNLE 3G jusqu’en 2090.
  10. Ouvrir le débat sur l’application des dispositions de l’article 35 de la Constitution concernant l’information et, le cas échéant, la consultation du Parlement à l’occasion d’un « déploiement de circonstances » des FAS dans un pays européen.