Tourisme. Le toujours plus a-t-il atteint ses limites…

Depuis plus de 30 ans, la France est la première destination touristique mondiale. En 2025, le pays a accueilli plus de 100 millions de touristes étrangers. Si les tiroirs caisses des commerçants se remplissent, d’autres effets collatéraux se font sentir. Les locaux sont à la fois les premiers à en bénéficier économiquement et en en subir les conséquences quant à la qualité de leur vie, sans parler des effets sur l’environnement.


Aéroport de Nice.



À l’heure où les bilans de fréquentation touristique estivale sont publiés, le Réseau Action Climat rend public un nouveau rapport : « Trop de touristes en France ? L’impasse de la stratégie touristique française ». Ce rapport démontre que la promotion de la France auprès de touristes lointains alimente la crise climatique et contribue au renchérissement de l’offre touristique hexagonale, conduisant de plus en plus de résidents en France à arbitrer pour des vacances moins longues, ou à partir à l’étranger.


Le tourisme représente 11 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, alors qu’il ne contribue qu’à 3,8 % du PIB. Cette disproportion s’explique en grande partie par l’empreinte carbone du transport aérien : les touristes extra-européens représentent 2 % des touristes en France, mais pèsent 20 % des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, la France cherche à faire venir toujours plus de clientèles lointaines et aisées. Le gouvernement s’est fixé un nouvel objectif d’augmenter les retombées économiques internationales de 30 % d’ici 2030, sans objectif équivalent pour les touristes français. De nombreuses destinations françaises emboîtent le pas à cette stratégie : par exemple, le nouveau président de l’Office de Tourisme de Lyon a comme priorité l’ouverture d’un palace, de boutiques de luxe, et le développement de liaisons aériennes. Cette stratégie alimente la crise climatique, et oublie que ce sont les touristes français, puis les européens (Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Suisse) qui contribuent le plus à l’économie touristique française, loin devant les autres touristes internationaux.


Ce rapport compile et fait dialoguer les données les plus récentes sur l’activité touristique en France, et met en lumière plusieurs conséquences inquiétantes de la promotion du tourisme lointain. Ainsi, des résidents français qui partent moins en vacances en France principalement à cause de la montée en gamme de l’offre touristique hexagonale et la hausse des prix associée excluent une partie des résidents du marché domestique. Ces derniers séjournent alors moins longtemps, ou se tournent alors vers les destinations étrangères, comparativement moins chères. On constate de plus en plus une concentration des retombées économiques sur quelques territoires emblématiques de la France et desservis par des aéroports internationaux (Ile-de-France, Côte d’Azur). Le tourisme lointain bénéficie en priorité aux groupes hôteliers (comme Accor) et aux restaurateurs, notamment haut de gamme. A l’inverse, les touristes européens, qui viennent souvent en voiture, se répartissent mieux sur le territoire, notamment dans les campings sur le littoral ou en zone rurale. De façon plus inquiétant encore, on constate la dégradation du cadre de vie. Dans les zones touristiques les plus prisées par le tourisme international, les besoins en hébergement touristique alimentent la pression sur le foncier et contribuent à l’augmentation des loyers. Une partie des habitants se voit contrainte de déménager pour des raisons économiques.


Conscient de ces réalités que beaucoup préfèrent occulter, le Réseau Action Climat propose des alternatives concrètes. Comme de développer les vacances des résidents français en France, en rehaussant notamment l’ambition du billet de congés annuel (un AR en train par an par personne à 49 €) ; privilégier les clientèles étrangères proches, en réaffectant le budget des campagnes de promotion de la France à l’étranger vers les pays européens proches, et en développant les connexions ferroviaires entre la France et l’Europe. Il conviendrait aussi de limiter l’essor du trafic aérien, en stoppant le projet d’extension de Roissy CDG ainsi que les subventions et exonérations fiscales dont jouit le secteur (ex : aucune taxe sur le kérosène, subventions aux lignes aériennes low-cost…) ; tout comme de changer les indicateurs touristiques, en soumettant toutes les politiques publiques à 4 indicateurs : intensité carbone par visiteur, stimulation de l’économie locale, préservation du cadre de vie et accessibilité tarifaire. Mais quel politique, dans un régime libéral comme le nôtre, aura la volonté de se pencher sur ces problèmes ? Le suffrage universel les condamne à des politiques à court terme qui font toutes l’impasse sur la mise n place de mesures forcement impopulaires.


Cannes, une bétaillère d'humains.