L'écriture continue de vivre…

- Îlot Diplo, Grèce, 2025 -
Pour moi, l'écriture a été une véritable bouée de sauvetage. Un cadeau inattendu. Une bouffée d'air frais au milieu d'un brouillard qui, à certains moments de ma carrière professionnelle, semblait interminable. Mais de l'autre côté du miroir, qu'ai-je vécu en tant qu'architecte paysagiste et fonctionnaire ? La vérité, c'est que la création ne peut se permettre de s'arrêter trop longtemps. Quoi qu'il arrive, la création continue. Or, nous vivons dans une société qui exige des résultats immédiats et une reconnaissance constante. Paradoxalement, l'art est subjectif et les artistes survivent grâce au public, mais ils sont souvent les premiers à subir les conséquences des restrictions budgétaires et des crises. Dans ces circonstances, préserver la créativité exige de la persévérance, de la conviction et, parfois, une bonne dose d'obstination. Rien ne flatte davantage la vanité d'un écrivain, et pourquoi pas ? Plus de compliments et de questions qui prouvent qu'on vous a lu…
C’est pourquoi je crois que l’écriture est l’un des plus grands privilèges de l’humanité. Nous pensons, nous réagissons, nous rêvons, mais nous écrivons aussi. Nous cherchons les mots et les couleurs pour exprimer ce qui naît en nous, pour mieux en saisir les contours… afin que cela puisse se manifester comme un art de vivre. Tout au long de ma carrière, j’ai vécu et voyagé plus que je n’ai écrit. C’est peut-être pour cela que je suis si reconnaissant de cette étape de ma vie. Avec le temps, vient l’occasion de se retourner sur son passé, de démêler les fils de notre parcours et de mieux comprendre ses nombreuses complexités.
Existe-t-il un temps pour l'action et un autre pour la réflexion ? Peut-être. Plutôt qu'une séparation stricte, je crois que ces deux dimensions se complètent. Jeunes, nous courons notre marathon sans nous arrêter pour admirer le paysage. Plus tard, nous ralentissons et réalisons que la vie nous a filé dessus à la vitesse d'un avion supersonique. Tout semble s'être passé en un instant. Ce nouveau temps qui remplace nos journées hyperactives peut engendrer de l'incertitude. Lorsque se présente la possibilité de continuer à occuper une place utile dans notre environnement, de continuer à apporter ma contribution aux autres, un vieil ami refait souvent surface : le doute. Serai-je à la hauteur ? Aurai-je quelque chose de pertinent à partager ? Ou est-ce que je cherche simplement à prolonger ma présence au-delà d'une supposée date de péremption sociale ?

- Jardin botanique de Montréal, projet signé Carlos R. Martinez -
Longtemps, j'ai vécu avec ces questions. Pourtant, peu à peu, grâce à l'écriture et à l'expérience accumulée, le syndrome de l'imposteur a commencé à s'estomper. J'ai appris à faire davantage confiance à ma voix, à écrire sur mes convictions, mes joies, mes peines, mes passions et mes espoirs. J'ai aussi découvert l'immense valeur des rencontres et des conversations qui naissent du partage d'histoires. Je crois qu'il est important de parler de la vie, des projets, des réussites, du deuil, et surtout du processus de vieillissement – une expérience que nous vivons tous et dont nous parlons pourtant rarement.
À ma grande surprise, après avoir écrit des dizaines de textes, je me sens encore plus inspiré qu'à mes débuts. Ce sentiment d'arrogance a perdu de son emprise. Il ne me paralyse plus. Au contraire, il m'encourage à poursuivre mes explorations. Car écrire n'est jamais un acte neutre. Les mots reflètent nos convictions, nos valeurs et notre façon de comprendre le monde. Écrire, c'est se connecter à ce qui nous entoure et, d'une certaine manière, tenter d'en témoigner. Action et réflexion sont indissociables. Et leur combinaison me permet de rendre, ne serait-ce qu'une petite partie, tout ce que la vie m'a offert.
Avec les années, une certaine sérénité s'est installée. Aujourd'hui, je me reconnais comme un compagnon, un père, un frère, un ami et une âme sage. Je suis profondément reconnaissant de pouvoir jouer tous ces rôles et de continuer à raconter des histoires de parcours faits d'angoisses et d'espoirs, d'amour et de colère, de pertes et de renaissances. Mes activités artistiques n'ont pas pour but de prouver quoi que ce soit. Je crée tout simplement parce que c'est dans ma nature. Parce que j'aime laisser libre cours à mon imagination et nourrir ma curiosité. Mais lorsque j'écris, que je médite ou que je participe à une conversation enrichissante, j'entre aussi dans un espace de réflexion qui enrichit mon existence.
De nombreux philosophes affirment que c'est précisément par la réflexion que nous parvenons à une vie plus épanouissante. La voie qui sollicite à la fois le corps et l'esprit est non seulement valable, mais elle est peut-être même nécessaire. Et qu'en est-il des autres ? Chacun trouve le bonheur à sa manière. Certains le découvrent dans l'activité physique, d'autres dans la contemplation, d'autres encore dans l'aventure ou le service aux autres. Qu’elle soit philosophique ou non, la joie que nous procurent nos activités nous rappelle qu’il y a toujours quelque chose de précieux à découvrir lorsque nous restons actifs, curieux et pleinement engagés dans la vie.
Pour conclure, je partage une phrase que j’ai écrite dans une de mes chroniques, publiée le 26 septembre 2023 :
« L’un des meilleurs remèdes au syndrome de l’imposteur est peut-être de vieillir, d’accumuler suffisamment d’expérience et de connaissance de soi pour se convaincre que l’on n’usurpe pas sa place et que, probablement, on ne fera pas moins bien que les autres. »
C’est ce que je me dis encore aujourd’hui, avec plus de bienveillance et moins d’autocritique. Et c’est précisément ce qui me permet de continuer à partager mes écrits avec un enthousiasme renouvelé, et surtout, avec empathie et gratitude.

« L’aube t’appartient tant qu’elle se prolonge jusqu’au coucher du soleil,
et à la tombée de la nuit, tu continues de rêver de la lune. »
- texte et photo © Carlos R. Martinez -