Images inventées, détournées, faux profils, les dangers de l’IA…

- une vraie foule, ici le Fest-Festival de Karlsruhe, dont l’image peut être détournée -
L’IA, les bots et les réseaux sociaux sont de plus en plus capables de fabriquer une popularité, d’orienter l’opinion publique mondiale et même de tromper les circuits classiques de l’information… et ils ne se gênent pas pour le faire. Pendant longtemps, influencer l’opinion supposait des moyens importants : chaînes de télévision, journaux, relais politiques, affichage, réseaux militants structurés. Aujourd’hui, quelques contenus visuels, des comptes automatisés et une stratégie de diffusion peuvent produire une impression de mobilisation massive.
Alexandre Moussier - consultant webmarketing freelance et fondateur de l'agence digitale NetSkipper.com - prend comme exemple la communication numérique autour de Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran. Il indique avoir été sollicité, début 2026, pour un audit de communication portant sur Maryam Rajavi et plusieurs concurrents, dont Reza Pahlavi. Il précise que cette mission est terminée et que son analyse n’engage que lui. Dans ce cadre, il dit avoir identifié plusieurs signaux inhabituels. Le plus visible concerne Instagram : selon les données SocialBlade citées dans son article, le compte officiel de Reza Pahlavi aurait gagné 3,1 millions d’abonnés en douze jours, alors que sa progression sur Facebook serait restée inférieure à 10 000 nouveaux fans sur la même période. Une popularité aussi soudaine ? C’est peu probable.
Alexandre Moussier estime qu’une partie des contenus relayés autour de Reza Pahlavi pourrait avoir été générée ou animée par IA. Il relève notamment des doigts incohérents, des écritures illisibles, des mouvements de foule étranges, des couleurs de drapeau instables ou encore des scènes déclinées sous plusieurs angles. Pour lui, ces détails montrent qu’une scène artificielle peut acquérir une valeur documentaire dès lors qu’elle est massivement diffusée. Le point le plus sensible de l’analyse concerne la circulation médiatique de ces contenus. Lors des périodes de tension politique, l’accès aux images fiables peut être limité. La censure, la confusion, l’urgence journalistique et la pression du direct créent un terrain propice à la reprise de contenus difficiles à authentifier.
Alexandre Moussier affirme que certaines images ou vidéos qu’il juge suspectes, auraient circulé via des comptes influents, puis été reprises ou intégrées à des récits médiatiques par plusieurs médias internationaux. Il cite notamment Tagesschau, France 24, Le Monde, la BBC, la RTBF, Le Point ou The Times. L’enjeu n’est pas de désigner des coupables. Il est de montrer une vulnérabilité systémique : même les rédactions structurées peuvent être exposées à des contenus générés ou amplifiés artificiellement lorsque ceux-ci s’inscrivent dans une actualité chaude, une narration attendue et une pénurie d’images vérifiables.
C’est ici que l’alerte devient mondiale. Si une image artificielle peut franchir les réseaux sociaux, les comptes militants, les relais d’influence, puis les médias traditionnels, elle ne manipule plus seulement une audience numérique. Elle participe à la construction d’une perception collective.
Dans son article, l’auteur partage plusieurs réflexes d’observation pour identifier des contenus potentiellement générés par IA. L’un des plus simples consiste à couper le son d’une vidéo pour se concentrer uniquement sur les incohérences visuelles. Les signaux à surveiller peuvent notamment concerner : les yeux, qui bougent ou changent de forme ; les doigts, souvent déformés ou mal alignés ; les textes, parfois illisibles ou instables ; les motifs, drapeaux ou vêtements qui se transforment ; les mouvements de foule incohérents ; les caméras trop stables dans des scènes supposément chaotiques ; les scènes de nuit ou les visages masqués, qui dissimulent les détails difficiles à générer.
Ces indices ne constituent pas toujours une preuve définitive. Mais ils permettent d’installer une vigilance indispensable : à l’ère des contenus génératifs, la vérification ne peut plus se limiter à l’origine apparente d’une image ou à son volume de diffusion.
Le cas Reza Pahlavi étudié par NetSkipper dépasse la question iranienne. Il montre qu’une image peut convaincre avant d’être authentifiée. Qu’une popularité peut être perçue avant d’être vérifiée. Qu’un récit peut s’imposer avant même que son origine ne soit clairement établie. Nous devons tous nous méfier et rester vigilant. CQFD !