Le Guatemala n'est pas seulement le « pays de l'éternel printemps »…

Carlos R. Martinez est né au Guatemala et y a fait une partie de ses études avant de se fixer au Québec où il a passé l’essentiel de sa vie professionnelle et où il vit désormais. Mais, il n’est pas près d’oublier d’où il vient et célèbre volontiers son pays d’origine :



- vendeur de noix de coco, cathédrale de Guatemala city -<


Le Guatemala est souvent présenté comme le pays de l’éternel printemps. Cette image est belle et, dans une certaine mesure, juste. Cependant, le Guatemala est bien plus qu'un climat privilégié ou un paysage de carte postale de volcans et de végétation luxuriante. C'est une réalité complexe, diverse et profondément humaine, façonnée par des générations qui ont marqué de leur empreinte cette terre et la mémoire collective.

La culture guatémaltèque est riche et profonde. Elle puise sa source dans les expressions artistiques et dans la terre elle-même ; elle s'exprime en espagnol, mais aussi dans de nombreuses langues ancestrales qui continuent de donner voix à l'histoire de son peuple. La réduire à une seule racine ou à une seule définition reviendrait à ignorer la richesse d'un pays bâti sur les rencontres, les mélanges, les contrastes et le partage des savoirs.

On entend souvent dire que la culture nationale devrait se limiter à la défense d'une vision exclusivement indigène. Certes, les peuples autochtones constituent une part essentielle de l'âme du Guatemala, et leur héritage mérite respect, reconnaissance et protection. Mais la culture est plus vaste que toute frontière idéologique. Elle est un fleuve où convergent de multiples courants sans jamais perdre son identité. Dès lors, il est pertinent de se demander : qu'est-ce que la culture guatémaltèque, au juste ?

À mon sens, c'est tout ce que nous avons créé, vécu et partagé sur cette terre que l'on appelle Chapinlandia. C'est la somme de nos histoires, de nos coutumes, de nos langues, de nos affections et de nos aspirations. C'est une identité qui se construit jour après jour, puisant son inspiration dans le passé tout en imaginant l'avenir.

La culture se trouve aussi dans la nature. Elle est présente dans les arbres qui dialoguaient avec la terre bien avant nos mots. Elle est dans les volcans, les montagnes, les lacs, les rivières et les forêts qui ont vu passer d'innombrables générations. Un fromager centenaire porte en lui une mémoire plus ancienne que toutes nos querelles. S'asseoir à son ombre nous rappelle que l'humilité est aussi une forme de sagesse.

Le Guatemala offre une expérience unique. Le fait que l'espagnol soit la langue officielle ne diminue en rien la valeur du kaqchikel, du q'eqchi', du mam, du poqomchi', ni des autres langues qui enrichissent notre patrimoine culturel. Les langues expriment la culture, mais elles ne la contiennent pas entièrement. La culture s'exprime aussi dans la musique, la cuisine, les marchés, les traditions, la créativité du quotidien et nos relations.

La musique guatémaltèque, comme toute expression artistique authentique, appartient à ceux qui l'écoutent et se l'approprient. L'art transcende les frontières. Il ne s'interroge pas sur nos origines ; il nous invite simplement à nous connecter.


- Arbre Ceiba appelé aussi « fromager », dans le parc San Pedrito, Guatemala city -


Aujourd'hui, les acteurs du secteur culturel sont eux aussi confrontés au défi de la visibilité. Comment la culture guatémaltèque peut-elle être vue et entendue dans un monde saturé d'informations ? La question est légitime. Pourtant, nous avons trop souvent tendance à focaliser notre attention sur les problèmes, les crises et les divisions, oubliant que le Guatemala, c'est aussi le talent, la créativité, la beauté et la capacité de se renouveler.

En effet, il existe d'innombrables causes, rêves et projets auxquels nous pouvons participer. L'évolution d'une société est comparable à une graine : elle a besoin de temps, d'attention et de patience pour germer. Rien de vraiment précieux ne fleurit du jour au lendemain.

Si nous voulons que nos idéaux ne restent pas de simples bourgeons desséchés avant de devenir des fleurs et des fruits, nous devons les semer dès aujourd'hui avec conviction et générosité. Le véritable défi consiste à inspirer les nouvelles générations à participer activement à la construction d'un pays plus conscient de sa richesse humaine et culturelle.

La responsabilité de chaque génération n'est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de partager une vision, de l'enthousiasme et un sentiment d'appartenance. Nous devons encourager les jeunes à s'engager avec détermination, à penser au-delà des urgences du présent et à comprendre que toute œuvre durable commence par une graine presque invisible. Pour ma part, il m'a fallu de nombreuses années pour reconnaître et apprécier la fibre artistique qui sommeillait en moi. J'ai appris que la création ne se force ni ne se précipite ; elle surgit lorsqu'elle trouve son moment.

J'écris, je peins et je conserve des images lorsqu'elles ont quelque chose à me dire. Je savoure profondément cet instant où une idée, un souvenir ou une émotion me supplie de devenir mots, couleurs ou formes. Je crée par besoin intérieur et pour le simple plaisir de créer, sans autre but que d'écouter cette voix intérieure qui, parfois, frappe à ma porte.

Le reste relève du commerce, une profession aussi légitime que n'importe quelle autre. Mais, je dois l'avouer avec un sourire, je n'ai jamais eu la vocation de vendre des babioles. Je préfère continuer à semer des mots, des couleurs et des rêves, confiant que l'un d'eux trouvera un terrain fertile pour s'épanouir.



- la joie et l'espoir, Antigua, Guatemala -

Texte et photographies © Carlos R. Martinez