Au delà du cubisme. Tout un monde…

Catégorie Les Arts au soleil
La galerie Berès et la galerie Le Minotaure présentent à partir du 10 septembre et jusqu’au 31 octobre, l’exposition « Au-delà du cubisme », réunissant les œuvres de Serge Férat, Léopold Survage et François Angiboult (étant l’un des pseudonymes de la baronne Hélène d’Œttingen).



À partir des années 1910, ces trois artistes participent chacun à leur manière au renouvellement du langage alors largement dominé par les figures de Pablo Picasso et Georges Braque. L’incorporation d’un coloris intime issu de leur héritage russe, éclatant et frais, fait de leurs recherches esthétiques un véritable renouveau de la création cubiste. Leur constante oscillation entre déconstruction de la forme et survivance d’une esthétique figurative symbolique permet de les appréhender artistes aux facettes multiples, sensibles et très novatrices. Peintres, décorateurs, illustrateurs, collectionneurs et mécènes, ils occupent une place singulière dans l’histoire des avant-gardes parisiennes. Aux côtés de Guillaume Apollinaire, ils contribuent notamment au sauvetage financier et intellectuel de la revue Les Soirées de Paris, qui devient l’un des principaux laboratoires de la modernité artistique et littéraire.


Leur parcours s’inscrit dans le contexte plus large des recherches menées autour du groupe de Puteaux et de la Section d’Or, dont les expositions de 1912, 1920 et 1925 cherchent à élargir le champ du cubisme en l’ouvrant à de nouvelles conceptions de l’espace, du rythme, de la couleur et du mouvement. La fondation en 1919 de la deuxième Section d’or par Survage, qu‘il installe chez la baronne d’Œttingen et Serge Férat, établit la collaboration entre les artistes russes qui se sont approprié la mouvance cubiste et les peintres du groupe de Puteaux. Héritiers de Paul Cézanne autant que des expériences cubistes, mais aussi proches des futuristes italiens, Férat, Survage et Angiboult conservent le goût de la construction géométrique et de la fragmentation des plans, mettant ces acquis au service d’une peinture plus poétique, colorée et décorative.


Le parcours s’ouvre sur un important ensemble de paysages, natures mortes et portraits réalisés entre les années 1910 et 1930 par Serge Férat et Léopold Survage. Chez Férat, les objets familiers des natures mortes cubistes - bouteilles, verres, fruits ou partitions - se combinent à une recherche d’équilibre et de lisibilité qui distingue son œuvre des expériences les plus radicales du cubisme analytique. Après la Première Guerre mondiale, ses paysages et ses portraits témoignent d’un assouplissement de cette géométrie, enrichie par l’influence du Douanier Rousseau et par une sensibilité décorative de plus en plus affirmée. Le peintre est particulièrement cher à la galerie Berès, qui au fil des années a constitué une collection importante, représentative de l’évolution intime et personnelle à travers l’influence cubiste et la sensibilité slave du peintre. Chez Survage, les recherches sur l’espace et la lumière conduisent à une véritable réinvention du paysage moderne. Parmi les exemples les plus originaux figure la série Homme dans la ville (1915-1920), où des architectures géométrisées, des damiers et des silhouettes énigmatiques composent un univers situé entre décor théâtral, montage cinématographique et méditation poétique sur la ville contemporaine.