L’interminable scandale des pesticides toxiques…

avérés.

Le 24 septembre, l’Anses, l’agence sanitaire française chargée d’évaluer les risques des pesticides, a reçu du ministère de l’Agriculture de se prononcer dans un délai de deux mois, sur la ré-autorisation d’un pesticide néonicotinoïde pourtant formellement interdit, le flupyradifurone. Un calendrier irréaliste bien trop court : « une aberration scientifique et démocratique », s’indigne la structure dont le rôle est précisément d'examiner en toute indépendance le niveau de toxicité des pesticides avant leur éventuelle autorisation en France dans des délais suffisants pour pouvoir dire avec certitude si un produit menace la santé ou la biodiversité.



Or, le gouvernement somme les experts de l’Anses de boucler en deux mois à peine une évaluation écotoxicologique hautement complexe qui nécessite de mobiliser une expertise collective, pluridisciplinaire et contradictoire, qui doit aussi tenir compte de l’avis des citoyens et du conseil de surveillance des néonicotinoïdes.

Tout ceci, alors même que la science documente déjà des effets dévastateurs pour les abeilles domestiques et pour la vie aquatique, puisque le flupyradifurone s’infiltre durablement dans les eaux souterraines et se dégrade en acide difluoroacétique, un composé de la famille des PFAS qui persiste pendant des années dans l'environnement. Tandis que de son côté, l’Autorité européenne de sécurité des aliments elle-même alerte sur d’importantes incertitudes quant à son niveau de toxicité pour les abeilles sauvages qui comptent près d’un millier d’espèces en France ; et que de lourdes suspicions de perturbation endocrinienne pèsent également sur cette substance neurotoxique, représentant une menace directe pour la santé publique…

En imposant ce qui ressemble à un ultimatum, le gouvernement piétine les conditions mêmes d’une expertise publique indépendante. Et, pour l’association Pollinis, ce n’est pas un accident. Depuis plusieurs mois, l’association documente une offensive méthodique visant à placer l’expertise indépendante de l’Anses au service des priorités économiques convergentes de l’agrochimie et de l’agro-industrie. Après avoir tenté lors des débats sur la loi Duplomb de placer l'agence sous l'influence directe d'un conseil d'orientation dominé par l'agrochimie et les filières agricoles, le gouvernement est passé en force le 8 juillet 2025 en imposant par décret un système de priorisation des exigences des grandes filières agricoles dans le calendrier d’examen de l’Anses. À l’été 2026, la loi d’urgence agricole a enfoncé le clou en imposant à l’Anses une « collaboration renforcée » avec les fabricants de pesticides au cours de l’instruction des dossiers et en imposant que les délais de grâce, permettant la vente de pesticides après le retrait de leur autorisation, soient automatiquement portés au délai maximum autorisé par le droit européen. Et pendant que la pression politique s’intensifie, la structure voit simultanément ses moyens se réduire. En effet, le projet de budget 2027 prévoit une nouvelle baisse de ses effectifs et de son financement public, alors même que le nombre de dossiers prioritaires à traiter explose et que les missions confiées à l’agence ne cessent de s’étendre.

En affaiblissant méthodiquement l’Anses au profit des intérêts de l’agrochimie, l’État ne commet pas une simple négligence administrative, il met progressivement l’autorité sanitaire et environnementale en instrument au service des multinationales, au lieu de lui donner les moyens de protéger les abeilles et la santé de la population et prend le risque de reproduire les mêmes compromissions politiques qui ont conduit au drame du chlordécone, dont les conséquences tragiques et documentées pour les écosystèmes, les agriculteurs exposés et les citoyens perdurent encore.

Aujourd’hui, ce risque est réel. L’utilisation de pesticides extrêmement dangereux comme la deltaméthrine ou le boscalid continuent d’être systématiquement prolongés au mépris des alertes répétées des chercheurs, de leur toxicité pour les abeilles et l’ensemble du Vivant, et de la contamination déjà généralisée de notre environnement.

Seule bonne nouvelle, le gouvernement propose enfin d’augmenter la contribution des fabricants de pesticides au financement de l’évaluation de leurs produits. Jusqu’ici, ce sont les citoyens français qui payaient de leur poche la moitié du coût d’évaluation des pesticides à cause d’un système de taxe défaillant qui bénéficiait largement aux firmes de l’agrochimie en sous-estimant le coût d’évaluation de leurs pesticides. Concrètement, le gouvernement prévoit une hausse globale de la taxe payée par les fabricants de pesticides pour l’examen de leurs demandes d’autorisation de mise sur le marché. Fabricants qui n’ont pas tardé à réagir et à protester de cette hausse « brutale » et « disproportionnée »… encore une fois, c’est le combat de David contre Goliath, du pot de terre contre le tout puissant pot de fer…


L’appel de Pollinis à signer une pétition pour donner les moyens à l’Anses les moyens de procéder à une évaluation indépendant, rigoureuse des pesticides en cause. Cliquez ici.