Chronique québeco-guatemaltèque. Le chant du coq...

Au-delà de la réalité guatémaltèque, j'ai éclos. Le vent a jeté le poussin hors de son nid, comme un paradoxe familier : j'aspirais à l'autonomie, je voulais crier mon propre CRICRIII !!!…


Cette nuit du 3 septembre 1972, j'ai ressenti un appel intérieur. Peut-être pressentais-je, sans oser l'admettre, qu'il y aurait un avant et un après. Je ne pouvais imaginer ce qui se passerait durant les décennies suivantes ; je savais seulement que je faisais le premier pas vers l'inconnu, vers une vie nouvelle.

Au fil du temps et de mes propres expériences, j'ai compris ce qui me motivait. M'installer au Québec était une décision qui impliquait des sacrifices, mais aussi un engagement envers mon développement personnel, la volonté de découvrir mes limites. Je ressentais une force qui me dépassait : une sorte de don pour l'attente et une confiance en l'avenir. Aujourd'hui, sans rien tenir pour acquis, après plus de la moitié de ma vie, les choses continuent de s'épanouir. Mon parcours, riche et intense - dont plus de trente ans de carrière professionnelle au service de la Ville de Montréal - me permet de prendre du recul et de mieux comprendre ce qui m'a poussé à m'écarter d'un chemin qui semblait tout tracé.

Quitter sa zone de confort, c'est souvent se connecter à des énergies qui nous dépassent. Il s'agit parfois de forces qui nous envoient des signaux qu'il nous faut oser écouter. Certes, il est déstabilisant, voire inconfortable, de prêter attention à cette voix intérieure qui nous pousse à aller de l'avant. Mais l'autre possibilité peut être encore plus néfaste : rester prisonnier d'un système qui nous étouffe et nous condamne à l'inertie.

Partir peut être libérateur. L'exil volontaire, la distance, les changements de carrière et les ruptures avec ce qui semblait inévitable ont été maintes fois décrits en littérature. Ceux qui ont relaté ces expériences évoquent la douleur et les remords qui peuvent accompagner ces décisions, mais aussi le besoin urgent d'écouter ces intuitions profondes qui, parfois, nous rapprochent de notre véritable nature.

La prévisibilité d'une vie stable peut nous protéger des risques de l'inconnu, mais aussi au détriment de notre créativité. En réalité, ce n'est pas une prison ; lorsque tout est planifié, on laisse peu de place aux surprises de la vie.

Le plus beau souhait que nous puissions nous faire est de vivre au plus près de notre être profond, ici ou ailleurs, quel que soit le chemin emprunté. De grands artistes ont exprimé, de mille façons, l'importance d'accepter le risque, de se laisser aller à l'égarement et de respirer un air nouveau pour mieux se retrouver.

On entend souvent dire que certaines personnes ont dû parcourir le monde entier pour se découvrir, et que, oh surprise, elles ont finalement trouvé la réponse en elles-mêmes. C'est peut-être là que réside l'un des grands paradoxes du départ : on part pour se retrouver.

Partir peut aussi être une façon de revenir. Revenir chez soi. Revenir à soi-même. Revenir, comme disait ma mère, « sur le chemin que nous avons emprunté ». C'est peut-être pourquoi, après tant d'années, je pense encore que partir n'était pas seulement une fuite. C'était avant tout une quête. En fait, toute quête, par essence, a besoin d'espoir.



Je ne parle pas d'espoirs vains ni d'illusions inaccessibles. Je parle d'espoirs concrets, fondés sur les liens qui nous unissent et sur notre capacité d'agir. De cette confiance qui nous redonne le sentiment d'avoir une certaine maîtrise de notre vie et nous permet de dire : je n'ai pas à tout accepter tel quel. De ce courage indispensable qui se manifeste face à l'adversité.

Je ne sais pas si je crois encore à l'action politique traditionnelle. Supposons que oui, du moins pour les besoins de ce récit. J'aimerais que nos hommes et femmes politiques, avant toute campagne électorale, soient capables de susciter en nous de l'espoir et de l'enthousiasme grâce à des projets réalisables, et non pas de la démagogie, des promesses vides ou des illusions destinées uniquement à récolter des voix, mais plutôt des engagements sincères, concrets et atteignables ; des propositions susceptibles d'améliorer tangiblement notre monde et auxquelles nous pourrions tous être encouragés à participer. C'est peut-être aussi un point de départ : abandonner le cynisme, sortir du confort de la résignation et oser à nouveau imaginer que le changement est possible.

Au fond de moi, cette nuit de septembre 1972, une force silencieuse me poussait vers de nouveaux horizons. Je ne savais pas exactement où j'allais. Je savais seulement que je devais partir, élargir mes horizons, découvrir d'autres possibilités et, avec le temps, me rapprocher du service public. Avant de prendre cette décision, je n'avais pas réalisé à quel point j'avais besoin de prendre du recul et de m'immerger dans un environnement différent, un univers professionnel totalement nouveau. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que parfois, pour trouver sa voie, il faut d'abord avoir le courage de la quitter. Et aujourd'hui, je veux me libérer du cynisme et du désespoir. Je persiste à croire que sans espoir, on n'arrive à rien.


Texte et illustrations © Carlos R. Martinez.