L’éparpillement de la souveraineté des États...

Catégorie Les paradoxales
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Les États souverains dominent nos représentations du monde. Pourtant, une part croissante des fonctions traditionnellement attachées à la souveraineté se déploie hors du seul cadre étatique. Multinationales, plateformes numériques, diasporas, organisations non gouvernementales (ONG), organisations sportives, groupes armés ou entités en quête de reconnaissance investissent des domaines que l’État leur concède, qui échappent à sa maîtrise ou dont le contrôle lui est disputé. Ces formes de pouvoir ne sont pas nouvelles, mais l’échelle de leurs moyens, leur transnationalité et leurs capacités à exercer des formes d’autorité modifient les rapports de force internationaux.

Ce numéro de « La Revue internationale et stratégique » interroge cette circulation du pouvoir à partir d’une question centrale : que devient la souveraineté lorsque ses attributs traditionnels sont exercés par d’autres que l’État ? Qui édicte la règle, contrôle l’infrastructure, parle au nom d’un collectif, et devant qui doit-il répondre ? Le dossier suit cette redistribution entre ceux qui gouvernent sans mandat politique, ceux qui agissent de manière alternative, et ceux qui contestent son autorité voire revendiquent le statut d’État. Au fil des contributions se dégage un même constat : le pouvoir des acteurs non étatiques déborde l’État sans jamais cesser de composer avec lui….

Au terme de ce parcours, le « monde au-delà des États » apparaît comme un espace de pouvoirs distribués entre des acteurs inégalement dotés : le droit peut être privé, l’infrastructure possédée par une entreprise, le réel hiérarchisé par une plateforme, la violence organisée par un groupe armé. Chacun rencontre pourtant l’État - financeur, législateur, adversaire ou protecteur - qui façonne la capacité d’action des acteurs non étatiques, autant que ces derniers influencent l’exercice de sa souveraineté. Regarder au-delà des États suppose de saisir l’écart entre leur centralité persistante et la dispersion des moyens de gouverner. L’enjeu est alors de savoir au nom de qui ces acteurs agissent, qui peut contester leurs décisions et devant qui ils doivent en répondre. En reliant infrastructures, droit, mobilisations, récits, violence et reconnaissance, ce dossier de La Revue internationale et stratégique propose une lecture géopolitique de cette souveraineté dispersée, replaçant la responsabilité au centre.