Parfumerie. Une pénurie de matières premières à l'horizon ?

Pour François-Patrick Sabater, président de TechnicoFlor : « Entre les pénuries annoncées concernant les matières premières de la parfumerie et les rachats dans la profession, beaucoup de questions se posent dans l’univers des sociétés de compositions parfumées ».



Barbaba Guirao, responsable achats chez TechnicoFlor a Marseille, nous en dit plus sur ces matières premières qui font la recette des plus grands parfums.


- D’où vient la pénurie de certaines matières premières de la parfumerie ?


Il y a eu une série d’explosions d’usines, en Allemagne, aux États-Unis, et en Inde encore récemment puis des fermetures d’usines en Chine suite à des mesures environnementales drastiques. La forte croissance de l’industrie de la Parfumerie et des Cosmétiques engendre une hausse de la demande qui nécessite de lourds investissements dans de nouvelles unités de production. Tous ces facteurs impactent de très nombreuses matières premières entraînant leur raréfaction et l’augmentation de leur prix.


- Qu’en est-il des matières premières naturelles ? Sont-elles impactées également  ?


L’ylang-ylang affiche un cours très haut, la vanille culmine à 600 $ le kilo, les menthes ont atteint des prix records, on peut aussi parler de l’orange affichant un prix autour des 10 $. En réalité toutes les matières premières naturelles ont vu leur cotation s’envoler et leur quantité disponible réduite. L’avènement de l’aromathérapie sur le plan mondial dévaste une part des volumes et laisse certains marchés de matières premières naturelles exsangues.


- Comment cela perturbe-t-il votre quotidien et comment y faire face ?


Nous devons avant tout sécuriser les approvisionnements du mois mais aussi assurer la couverture de stocks des mois à venir pour être garants du maintien de notre activité. Les marchés étant très courts, la disponibilité réduite, nous privilégions les partenariats instaurés depuis des années avec nos fournisseurs principaux. L’heure n’est plus à la projection et aux négociations mais au fait de pouvoir trouver suffisamment de matières pour assurer nos productions.


- Pourquoi avoir mis en place votre propre filière équitable ?


De nombreuses matières premières naturelles largement utilisées dans la parfumerie comme le patchouli, le santal, l’ylang-ylang, la vanille ont des cours très spéculatifs. Aller directement à la source permet de s’affranchir des prix imposés par les intermédiaires, de rétribuer honorablement les producteurs en leur assurant un avenir meilleur, avec un droit de regard sur la qualité des produits.


- Quels rôles jouent les parfumeurs de TechnicoFlor dans cette problématique ?


J’échange quasi quotidiennement avec nos parfumeurs. Nous travaillons ensemble le sourcing en fonction des problématiques, et depuis peu nous mettons en place des cellules de crise pour faire face aux différentes pénuries. Il y a bien évidemment la recherche de nouvelle matières premières, afin de proposer à nos clients des parfums innovants et anticiper les tendances.


* Créé et dirigée par François-Patrick Sabater en 1982 depuis Marseille, TechnicoFlor est un groupe familial spécialisé dans la création de compositions parfumées, d‘extraits végétaux, de matières premières aromatiques et d’arômes alimentaires. L’entreprise fournit depuis près de 30 ans les plus grands noms de la Parfumerie et de la Cosmétique. Elle distribue ses produits dans plus de 60 pays au Moyen-Orient, en Asie, en Europe de l’Ouest et en Europe Centrale, emploie 200 collaborateurs dont 8 créateurs parfumeurs de talent et réalise un chiffre d’affaires consolidé de près de 60 millions € dont 30% en France et 70% à l’international.