Le Cannet. Une exposition inspirante…

L’image de la muse ou de l’inspiratrice est une composante inévitable de l’aventure de la création. Elle constitue le terreau sur lequel se développe la passion, fatale, dévorante ou solaire.


- Henri Lebasque - Nono à l'aquarelle -


Mais de cette image incontournable, certains peintres comme Vincent Van Gogh, qui n’a jamais pu nouer de relation durable avec une femme, sont l’exemple même du déchirement. Il comprend l’historien Jules Michelet qui déclarait que « la femme est une religion », car il est lui-même habité par cette quête impossible, considérant que «  les relations avec les femmes sont d’une grande importance pour l’art. » On sait que cette présence auprès de tout artiste est une nécessité qui va au-delà de la simple représentation, qu’elle l’habite au point d’incarner, de prendre corps dans l’œuvre, de la faire avancer, en tandem constant avec l’artiste.


Le couple Marthe et Pierre Bonnard est sans doute l’archétype de l’histoire parfois dramatique qui se joue entre peinture et vie intérieure, entre inspiratrice et création ; la muse est celle qui inspire des liens plus intenses, celle par qui l’artiste ne peut se détourner sans faillir sinon la remplacer.


Le musée Bonnard a choisi cet été de mettre en exergue la place parfois mystérieuse de ces femmes, dans tous les cas, exceptionnelles. Cette exposition intitulée « Inspirantes inspiratrices », dont le fil conducteur est tissé par Marthe, Misia, Lola, Gala, Lydia, Lucy, Jeanne et bien d’autres s’inscrit dans l’espace-temps des années 1870 à 1960. Il s’agit de revisiter l’impact et la posture des femmes d’artistes dans l’œuvre de leur mari ou de leur maître. Ainsi de Toulouse-Lautrec à Picasso en passant par Bonnard, Matisse, Chagall ou Dalí, un éclairage particulier sera porté sur ces femmes qui n’ont pas fait que partager leur vie. Certaines furent leurs femmes ou leurs maîtresses et parfois simplement leurs modèles, mais toutes les ont marqués grâce à ce qui émane d’elles, à ce qu’elles pensent ou à ce qu’elles sont.


Peut-on imaginer Bonnard sans Marthe, Dali sans Gala, Picasso sans Marie-Thérèse, Dora, Jacqueline…, Renoir sans Gabrielle, Maurice Denis sans Marthe, Maillol sans Dina Vierny, Vuillard sans Misia ou Lucy Hessel, Matisse sans Lydia ou encore Giacometti sans Annette ? Cette sélection d’une quarantaine de peintures et sculptures montre combien ces femmes sont agissantes dans l’ombre ou la lumière au point que l’œuvre en porte la marque. Marthe Bonnard n’a-t-elle pas conforté la nature de Bonnard à travailler éloigné de Paris ou être sans cesse en mouvement ? Son approche de la peinture est incontestablement marquée par sa présence comme par son absence. Dalí, de son côté, affirme sur un ton mi-sérieux, mi-ironique que c’est Gala qui l’a fait exister. Picasso quant à lui, ne peut se passer de cette ponctuation féminine qui impacte sa vie et son œuvre, à des degrés divers. Ainsi, une quinzaine d’artistes dont les œuvres proviennent de grandes collections françaises et étrangères, s’est montrée particulièrement sensible et inspirée par cet alter ego que ces femmes deviennent parfois.


Musée Bonnard
16, Boulevard Sadi Carnot
06110 Le Cannet Côte d’Azur
tél. 04 93 94 06 06
www.museebonnard.fr