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« Le point de basculement » : minorité versus majorité.

Catégorie Les paradoxales

Selon certains chercheurs, il suffirait au sein d’un groupe, de 25 % d’individus pour changer de point de vue et faire basculer l’opinion. En revanche, une minorité inférieure à ce pourcentage n’aurait aucune influence sur la majorité et ses convictions.



Dans une nouvelle étude, intitulée « Experimental evidence for tipping points in social convention », Andrea Baronchelli, Maître de conférences à la City University of London, et ses collaborateurs Damon Centola, Joshua Becker et Devon Breckbill de l’Université de Pennsylvanie, font part des premiers résultats de la vérification empirique pour valider la théorie dite de la masse critique.

Du respect de l’égalité des sexes à l’adhésion (ou non) du public à la consommation de tabac et de marijuana, cette théorie permet de rendre compte d’innombrables exemples de changement de convention sociale. De manière générale, elle énonce qu’un groupe minoritaire est en mesure de changer une convention sociale reconnue par la majorité de la population. Bien qu’extrêmement répandue, cette théorie n’avait jamais été testée en laboratoire à cause des difficultés rencontrées pour faire varier indépendamment la taille des groupes minoritaires dans un système de coordination sociale en pleine mutation.

En 2015, les chercheurs avaient montré qu’un groupe d’individus pouvait s’entendre sur une convention sociale (par exemple choisir le prénom d’une personne en regardant simplement son visage). Dans la dernière étude, l’équipe a décidé, partant de ce résultat, de laisser un groupe élaborer son propre consensus sur un sujet choisi. Une fois parvenu à un accord, on y a introduit plusieurs individus défendant une solution différente.

« Lorsque les individus qui divergent sont très peu nombreux, il ne se produit rien : le groupe ne tient tout simplement pas compte de leur présence », indique Andrea Baronchelli, Maître de conférences à la City University of London. « Mais lorsque leur proportion franchit un point de basculement, disons, aux alentours de 25 % de l’effectif du groupe, la population tout entière leur emboîte le pas. Or, c’est ce que notre modèle prédit, et le renouvellement de l’expérience à plusieurs reprises confirme ce résultat. »

Les implications de l’étude sont multiples. « Qu’il s’agisse des gouvernements ou des organisations privées, nombreuses sont désormais les parties à faire appel à des individus  au sein des espaces virtuels pour influencer les comportements et les croyances conventionnelles. Ce que suggère notre étude, c’est que leur stratégie a des chances de porter ses fruits », poursuit Andrea Baronchelli, qui prend néanmoins soin d’ajouter : « Nos conclusions donnent aussi des raisons d’espérer, même si, évidemment, d’autres études s’imposent hors labo. Les problèmes tels que le harcèlement et l’agressivité sur internet, mais également les enjeux planétaires comme la lutte contre le changement climatique, appellent en effet un changement comportemental. De ce point de vue, l’engagement d’une masse critique d’individus permet parfois de faire un grand pas vers l’adoption d’une solution souhaitable. »

 NDLR : une étude qui met en évidence le pouvoir des minorités, les limites du suffrage universel et la vulnérabilité de nos démocraties.