Cannes labellisé, Cannes marchandisé, Cannes anglicisé...

Catégorie Pays de Lérins

Le petit village tranquille découvert par Lord Brougham noous semble bien loin... Après le passage des aristocrates britanniques et des princes russes venus dépenser ici le reste de leur fortune, ce fut l'envahissement pacifique des congés payés.




La pauvre nationale 7, bien avant la construction de l'autoroute du Sud, suffoquait pendant les mois chauds de l'été. De longues files de véhicules s'étiraient à perte de vue. Certains, découragés, s'arrêtaient en cours de route, à Avignon, Marseille ou, faisant preuve de « bravitude », s'éparpillaient autour de Cassis et de Toulon. Les plus courageux arrivaient à St Raphaël et hésitaient à franchir le massif de l’Estérel. Combien de voitures n'y survécurent pas ? Ceux qui atteignaient Cannes étaient récompensés. La baie, les îles qui surgissaient au détour d'un tournant, à l'approche de la Napoule et de Mandelieu, leur offraient cet havre de paix dont ils rêvaient.


L'autoroute et des voitures plus rapides et plus sûres mirent ensuite la Côte d'Azur à portée plus raisonnable de la capitale et de l'Europe. Sans parler du développement du transport aérien, l'aéroport de Nice accueille maintenant plus de 10 millions de passagers/an…


Des hommes et des femmes ont, durant toutes ses années, modelé le paysage, orienté l'économie d'une ville, d'un territoire, d'un département. A Cannes, un maire, Bernard Cornut Gentille, modifia profondément le visage de la ville en perçant le Suquet, couvrant la voie ferré et doublant la Croisette. D'autres ajoutèrent plus ou moins modestement, leur touche. Il est vrai qu'on ne peut pas refaire à tout bout de champ la Croisette, à moins de la prolonger jusqu'à La Bocca, voire jusqu'à Théoule… tiens, ça ressemble à une bonne idée !



- Cannes La Croisette en travaux, 1959 -


Grand patron d'une multinationale de la publicité, Bernard Brochand aura quant à lui marqué son passage avec l’extension du Palais des Festivals, le Boulodrome à la Bocca, le Palais des Victoires, la piscine olympique du Grand Bleu... Dans la logique de son parcours professionnel, il a aussi déposé le nom de la ville de Cannes en faisant de ce fait un produit marketing comme un autre, avec en perspective de faire du business et de toucher des royalties en cas d’utilisation commerciale. Mais le nom d’une ville, d’une région, d’un pays mérite-il ce traitement ? N’appartiennent-ils pas à tous ? Quant à cette manie d’utiliser dans maints slogans des mots anglais, sous prétexte que les visiteurs congressistes les comprennent, c’est brader notre culture, c’est faire fit de notre devoir de protéger notre langue envers et contre tous...