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Antinucléaires / Areva : David contre Goliath

ou pot de terre contre pot de fer ?

Peut-on en France critiquer le nucléaire et dénoncer les impacts de la radioactivité sur la santé et l’environnement sans risquer le procès ? Le procès qu'intente Areva au « directeur de la publication » d'un site internet militant et à un blogueur-relais est exemplaire. Il met directement en cause la liberté d'expression et le droit des citoyens à s'exprimer et agir.


- photo Hugues Mitton, Hugo Voyages - 


De quoi s'agit-il ? Le site internet militant de la coordination-antinucleaire-sudest.org publie, voici trois ans, le 27 juillet 2014 un article critique stigmatisant le comportement des élus, notamment EELV, d'Avignon qui ne se sont pas opposés à la signature d'une convention entre Areva et la municipalité. Convention qui stipule que l'ex-géant du nucléaire octroie un « don » à la ville provençale qui, en contre-partie, lui offre de nombreux avantages, un engagement à ne pas critiquer, un abandon d'image publique et la mise à disposition de personnel communal.


Alors que plus personne au monde n'ose affirmer que la radioactivité n'est pas dangereuse ni mortelle, l'article nomme dans un style militant dénonciateur le « crime » sanitaire que représentent de telles activités. Quinze jours plus tard, au nom d'Areva son nouveau Pdg en remplacement de Anne Lauvergeon (aujourd'hui mise en examen) Luc Oursel (aujourd'hui décédé d'un cancer, il avait été ingénieur et contremaître dans les mines d'uranium d'Areva au Gabon) dépose plainte avec constitution de partie civile du chef de diffamation publique envers un particulier.


La Coordination antinucléaire n'en est pas à sa première dénonciation du lobby nucléaire et de ses entités (EDF, CEA, Areva) ni de l'ASN ou de l'Irsn qui sont la cible de critiques argumentées et percutantes. Mais Areva veille et entend frapper durement. Elle va extraire et isoler du déroulé d'un long article quatre petites portions de phrases pour pouvoir porter plainte et faire taire la contestation alors qu’elle aurait pu simplement utiliser son « droit de réponse ». Mais non, l'instrumentalisation de la justice permettra d'intimider tout récalcitrant et, pourquoi pas, de créer une jurisprudence limitant la critique et les analyses rebelles.


Alors pourquoi maintenant ? Peut-être dans ce qu'avançait un an plus tard en juillet 2015 un autre article de la coordination antinucléaire, notamment parce qu’elle s’attaque à la validité des travaux scientifiques publiés par le CEA, non de critiques externes, mais en montrant les erreurs et manipulations des propres travaux que l’instance a publiée.


Mais l'appareil judiciaire s’est mis en marche. Il lui faut trouver un coupable. Ce sera d’abord celui qui a déposé chez l'hébergeur le « nom de domaine ». Un peu comme si le déposant du titre « Le Figaro » ou « Libération » était le responsable de tous les articles des journaux livrées au magasin du coin de la rue. On frise là le ridicule… Quant à la Coordination, elle est par définition un collectif et l'article n'est pas nommément signé. Après bien des hésitations, le juge d’instruction se décidera à mettre en examen le Directeur de publication du site alors que son nom n’apparaît pas… Avec au final, la perspective d’une amende de 45 000 € d'amende et d’un an emprisonnement… 


Qu’on se le dise, on ne s’attaque pas au fleuron du nucléaire tricolore même si, pour survivre, il coûte de plus en plus cher aux contribuables à qui on avait promis une énergie inépuisable, bon marché et écologique aussi...