La monnaie unique :

le scepticisme des banques suisses...

Catégorie Les paradoxales

Cette analyse a été publiée par une société de gestion de bien suisse. Elle est réservée à sa clientèle, c'est pourquoi toutes les références ont été effacées...



"L’Euro, était-ce le bon choix ? C’est une question légitime, mais qui n’est aucunement traitée dans le débat politique actuel, et plus particulièrement en France, à quelques semaines de l’élection la plus importante pour le pays. Sujet tabou ? Les réponses à cette question remettraient-elle en cause un ordre figé, sans aucun changement possible ? 

Force est de constater que si le projet de monnaie unique est à l’origine une idée louable, afin notamment de rivaliser avec le dollar US, sa mise en application rencontre depuis 15 ans un certain nombre de problématiques. 

Tout d’abord, la monnaie unique européenne a été imposée à des pays disposant d’économies dont la richesse dépend de facteurs divers  : productivité pour certains, exportations importantes pour d’autres, technologies de pointe pour l’un, ou encore industrie puissante pour l’autre. Toujours est-il que l’on a privé les pays d’un instrument essentiel au pilotage de leurs économies. En effet, les pays qui disposent d’une économie plus faible en matière de croissance et tournée vers les exportations, se sont retrouvés outrageusement désavantagés avec une monnaie forte. C’est le cas pour la plupart des pays du sud tels que l’Espagne, l’Italie, le Portugal, ou encore la Grèce. Alors que les deux grandes puissances que sont les Etats-Unis et la Chine se livrent depuis plusieurs années une guerre de dévaluation monétaire, l’Euro, lui n’a cessé de se renforcer, sous l’effet de la politique orthodoxe de la Banque Centrale Européenne et ce jusqu’en début d’année 2015. 

Ensuite, alors que l’on pouvait penser que la monnaie unique introduite dans le cadre de règles d’uniformisation des politiques budgétaires européennes (critères de Maastricht), conduirait les pays à uniformiser leurs politiques fiscales, leurs politiques en matière de droit du travail, et de retraites, les pays européens, Allemagne et France en tête, ont obtenu de leurs partenaires des dépassement de dettes, de déficits annuels, remettant ainsi en cause le fondement et la stabilité de l’EURO. 

Par conséquent, il est factuel de constater aujourd’hui qu’un pays comme la Grèce (et dans une moindre mesure l’Italie et l’Espagne) se retrouve au bord de l’explosion sociale, sous la pression constante de la Troïka (FMI, BCE et Union Européenne) lui imposant un remboursement impossible de sa dette. Le pays a connu en trois ans une hausse de sa mortalité infantile de 47%, une hausse de l’imposition moyenne sur les revenus fixée à 53%, un accès aux soins quasi impossible pour une grande partie de sa population, et a vu plus de 250'000 grecs quitter le pays ! Cette situation est en partie due au manque de transparence et aux mensonges du gouvernement sur ses comptes et la valeur de sa monnaie à l’adoption de l’EURO, mais une grande part de cette situation catastrophique revient à la monnaie unique. 

Enfin, il est également important de souligner que la croissance du PIB en France, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Grèce, n’a cessé de se détériorer depuis 2002, date d’introduction de l’EURO. Il est vrai que la conjoncture mondiale a subi une crise grave en 2008, que les gains de productivité se réduisent, que la croissance mondiale ralentit, mais durant la même période, beaucoup de pays n’ont pas connu de tels destins économiques (Etats-Unis, Angleterre). 

En conclusion, il serait bon d’avoir un débat dépassionné, intelligent et pertinent sur cette question de la monnaie unique, qui, j’en reste convaincu a été imposée à des pays n’ayant pas les mêmes intérêts et dispositions en matière économique, fiscale et sociale, et ceci doit être remis en cause."