Grasse. À la recherche des plantes à parfums disparues…

Dans le cadre d’une collaboration entre L’Occitane en Provence, l’Institut de Chimie de Nice, le Musée International de la Parfumerie et ses jardins, une équipe interdisciplinaire de chercheurs tente de percer le mystère des plantes à parfums oubliées au cours de l’histoire de la parfumerie.



- L'olivier odorant, sa fleur est utilisée en parfumerie de luxe - photo Uni -



Le Pr. Xavier Fernandez de l’ICN et le MIP/JMIP collaborent déjà depuis de nombreuses années sur la thématique de l’archéochimie en parfumerie. Leur collaboration avec le célèbre archéologue du Collège de France, Jean-Pierre Brun, sur les parfums antiques a conduit à une exposition qui eut lieu en 2016 et la publication de l’ouvrage « Parfums antiques, de l’archéologue au chimiste  ». À travers ces recherches, les partenaires avaient déjà percé des secrets se cachant derrière les nombreuses utilisations des parfums durant l’Antiquité, les matières et techniques utilisées ou encore les odeurs de quelques compositions d’époque.


L’Occitane en Provence cultive des valeurs d’authenticité, de respect et de sensorialité, en s’inspirant des principes d’aromathérapie et de phytothérapie, ainsi que des traditions provençales. Dans une démarche constante d’amélioration et de valorisation de sources végétales, L’Occitane a émis la volonté de poursuivre ces travaux de recherche mêlant chimie des parfums et Histoire de la parfumerie.


Ainsi, la marque soutient ces travaux de recherche, et travaille aussi à leur valorisation par la création au sein des Jardins du MIP d’un « Conservatoire de Plantes à Parfum Oubliées de la Méditerranée », dans la perspective de la remise en culture de certaines de ces plantes. A cet effet, une parcelle de plus de 1000m² sera dédiée, dès le printemps 2018, à la mise en culture d’une sélection d’espèces végétales dont les odeurs ont été perdues dans les méandres de l’Histoire. Une banque de graines est déjà disponible dans les Jardins du MIP. Une seconde sera également créée au sein du Conservatoire National Botanique de Porquerolles. L’objectif final de ce projet est d’établir une communication grand public, afin de retracer l’histoire de ces plantes et d’expliquer la raison de leur oubli. L’ouverture du Conservatoire des plantes à parfum oubliées est prévue pour le printemps 2018.



- formule du parfum Lesbos de Will Inrig - photo © Guiclan -


Le terme « parfum » vient du latin per fumum, qui signifie « à travers la fumée  ». Les premières traces du parfum datent du néolithique et l’usage du parfum n’a cessé de se développer au cours de l’histoire de l’Humanité. Égyptiens et Grecs brûlaient des essences aromatiques, baumes, plantes et résines, pour nourrir les Dieux. Ils embellissaient leurs statues de culte à partir d’huiles parfumées ou embaumaient encore les corps à l’aide d’onguents odorants pour assurer le bon passage de l’âme dans l’au-delà. A travers ces usages, le parfum exaltait déjà beauté et puissance.


Dans ce contexte de grande religiosité, l’usage des substances odorantes n’a dès lors cessé de croître, leurs supports évoluant et les formules se complexifiant : fumigations, huiles, baumes, liqueurs fermentées... Ces parfums anciens étaient alors exclusivement composés de matières premières naturelles, essentiellement végétales. Au cours des siècles, les techniques ont progressé et le nombre de matières premières odorantes a augmenté.


Avec le développement de la chimie organique à partir du XIXème siècle, le monde de la parfumerie a profondément changé, laissant progressivement place aux molécules de synthèse au détriment des matières naturelles, pourtant l’identité même de la parfumerie. Avec le temps, l’usage de certaines plantes à parfum s’est perdu, et cela pour diverses raisons, principalement économiques, réglementaires ou encore toxicologiques.


Ces plantes font néanmoins partie intégrante de notre histoire, il est donc important de mieux les connaître et de comprendre les raisons de leur oubli. Quelles sont ces plantes qui ont parcouru l’histoire de la parfumerie et dont l’identité reste inconnue ou méconnue à ce jour ? Quelles ont été leur histoire, leur symbolique, leur usage ? Pourquoi ont-elles été oubliées ? Quelles notes olfactives les caractérisaient ? Quels sont leur composés odorants caractéristiques ? Tant de problématiques non résolues à ce jour, auxquelles les chercheurs de l’ICN tentent de répondre à travers un projet interdisciplinaire passionnant, qui promet de retracer l’histoire complexe et mystérieuse de nombreuses plantes ayant côtoyé bon nombre de nos ancêtres.