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Natation : Pierre Andraca, de Cannes aux Jeux olympiques...

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Sa famille fut une de celles, nombreuses qui vinrent rejoindre le continent à la fin de la guerre d'Algérie. À Nice d'abord puis à Cannes. Pierre a 7 ans en 1965 lorsqu'il accompagne son grand frère Jean-Philippe qui s'entraîne à la piscine découverte de 33 mètres (non chauffée) du Montfleury, propriété cannoise du Groupe Barrière. L'entraîneur s'appelle Pierre Barbit. Il sait reconnaître la graine de champion. C'est avec lui que Pierre fera ses premières séances de natation sportive. Il aime l'eau, glisse bien, les résultats ne tardent pas.


À la fin des années 60, le manque de piscines couvertes est flagrant sur la Côte d'Azur. Il doit d’abord monter à Grasse effectuer ses longueurs dans le petit bassin chauffé des Établissements Chiris sous la houlette de Louis Mignatelli, en compagnie des frères Lassalle et Biancamaria, autres cannois qui font le trajet.



- Pierre Andraca (2ème à partir de la gauche), à ses côtés René Ecuyer
et les entraîneurs nationaux David Dickson et Guy Giacomoni, 1977, à sa droite Fabien Noel -


Le nouveau Lycée climatique et sportif de Font-Romeu l'accueille bientôt. Il y découvre l'entraînement intensif mis à la mode par les Russes. Après avoir suivi son entraîneur, Jacques Méliès, à Dinard, il retrouve avec un certain soulagement le soleil de la Côte d'Azur et une approche un peu plus souple de l'entraînement. David Dickson, deux fois capitaine de l'équipe australienne de natation officie à Antibes, ville qui ne va pas tarder à construire son stade nautique de 50 mètres. David amène l'athlète à se prendre en charge, à se fixer des objectifs, à réfléchir sur les moyens d'y parvenir. Cela convient parfaitement à Pierre. Il est alors un des meilleurs nageurs français et sera le premier à nager le 400 mètres sous les 4 minutes.


Pierre a la bougeotte et profite de son statut de sportif de haut niveau pour s'inscrire à l'Université de Long Beach, en Californie. Il y côtoie des champions du monde, modestes, pour qui la compétition est avant tout une aventure humaine, pas forcément une fin en soi. D'ailleurs, personne la-bas ne prête beaucoup d'attention à leur carrière. Le principal avantage qu'ils en retirent, c'est de recevoir une bourse d'études.


Cette expérience américaine est déterminante, il apprécie le mélange de rigueur et de décontraction qui règne sur le campus. Dans la foulée, il passe un diplôme de journaliste international.


C'est à Marseille, avec Georges Garret qu'il vient préparer les JO de Moscou. Un coup pour rien, il se blesse au genou et est obligé de faire l'impasse. La fédération française l'invite à continuer sa carrière à l'Institut National des Sports. Il faut aller à Paris. Il sait par expérience que cela ne lui conviendrait pas. Son refus n'est pas politiquement correct, on le lui fait bien sentir. Incorporé au Bataillon de Joinville, il est de nouveau blessé. Cela met fin à son projet de retourner étudier aux USA tout en nageant. Les universités sont hors de prix et, ne pouvant plus prétendre à une bourse sportive, il doit renoncer, la mort dans l'âme.


Il fait alors un court passage comme journaliste au journal L’Équipe. Ce n'est pas pour lui. Il ne sait pas encore ce qu'il veut mais il sait au moins ce qu'il ne veut pas faire. Après un séjour aux Antilles où il découvre la voile et la plongée libre, le voilà revenu au bercail. Il signe une licence au Cercle des Nageurs de Cannes et passe son brevet d'entraîneur. Davantage pour le club que pour lui-même, il prépare les J.O. de Los Angeles en 1984. Il sera finaliste au 4 X 200 mètres crawl en compagnie de Stéphane Caron, Dominique Bataille et un autre azuréen, Michel Pou.

La ville d'Hyères dans le Var lui propose de prendre en main le club. Entre temps il s'est marié avec Annick de Susini, une brasseuse. Dans la petite piscine de 25 mètres, ils amèneront huit nageurs du cru à participer aux finales nationales. Après avoir réussi le concours de professeur de sports il est nommé Conseiller technique régional. Premier poste, la Nouvelle Calédonie où il séjournera de 1997 à 2001.


Installé au Cannet, il est maintenant responsable de la formation, du développement de la natation sportive pour la région PACA, tout en participant à l'encadrement de l'équipe de France junior de natation. La région dont il a la charge est, en terme de nageurs de haut niveau, la plus nantie de France. Des projets de nouvelles piscines prennent forme, à Cannes et à Boulouris notamment. Il constate aussi une demande de plus en plus forte de la part du public pour la pratique de la natation de loisir. Il ne s'agit plus simplement de barboter mais de faire des longueurs.


Athlète qui a figuré parmi les meilleurs nageurs du monde, Pierre Andraca apporte maintenant aux dirigeants, aux entraîneurs, aux nageurs, le fruit de ses nombreuses expériences en France et à l'étranger. Un travail de longue haleine pour lequel il compte bien apporter sa touche personnelle et contribuer à donner une âme au sport.


Article publié en 2002 sur le magazine Paris Côte d’Azur. 
Aux dernières nouvelles, Pierre Andraca fait toujours partie des cadres de la Fédération française de natation.