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Les Primaires de droite : que ceux qui avaient vu juste lèvent le doigt !

Pas tous à la fois…

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Les grands perdants de cette consultation présumée démocratique sont d’abord ceux qui ont été éliminés, à commencer par Nicolas Sarkozy. Il y a quelques mois, il caracolait en tête des intentions de vote et j’étais de ceux qui croyaient que l’affaire était pliée. Il est vrai que je suis un petit provincial qui vit dans les Alpes-Maritimes. Puis ce fut au tour d’Alain Juppé qui avec une avance confortable semblait hors d’atteinte jusqu’à une dizaine de jours avant le scrutin...

Ici, sur la Cote d’Azur, depuis longtemps la droite fait la pluie et le beau temps, dopée par une couverture médiatique ad hoc et un corps électoral très conservateur… Les querelles internes sont les seules distractions possibles. Et elles sont nombreuses, rassurons-nous. Il y a la guéguerre entre les deux ultras Estrosi et Ciotti. C’est à qui cumulera le plus de casquettes, à qui dépassera l’autre d’une... tête. Autour d’eux seuls Jean Leonetti à Antibes et Michèle Tabarot au Cannet font sentir leurs différences, à Cannes David Lisnard, prudent, ne fait qu’observer… pour l’instant. Quant aux Centristes, ils se tiennent à carreau, ne jouant depuis longtemps que les seconds rôles. Seul, dans l’ombre d’Estrosi, Rudy Salles a obtenu quelques miettes du festin, au prix d’une servitude exemplaire…


Le cas de Grasse est un peu à part avec un Jérôme Viaud qui n’a pas suivi le choix de son mentor, le sénateur autrefois maire de cette même ville, Jean-Pierre Leleux. Ce dernier cultive son altérité en étant quasiment la seule personnalité politique qui ait pris fait et cause pour le... gagnant du jour. Il ne se gêne pas d’ailleurs pour dénoncer les « caporalismes et les obéissances quasi féodales » qui pollue le département. Le seul aussi qui, après une carrière bien remplie, n’a pas joué la carte du cumul des mandats perdant l’investiture de son parti aux dernières sénatoriales. Il fait ainsi partie des 80 parlementaires, dont le président du Sénat, qui soutiennent François Fillon.


Au plan national, c’est franchement la rigolade. Soumis aux aléas des sondages, des amis de vingt ans se retrouvèrent à effectuer des allers-retours, un jour s’alliant à un candidat pour le lendemain en soutenir un autre plus apte, s’il gagne, à aider leur parcours personnel… S’il est tout à fait compréhensible que, les résultats connus, chacun rentre dans le rang pour soutenir le gagnant putatif, celui qui représentera aux présidentielles la Droite et au moins une partie du Centre (et des électeurs de... gauche qui se sont déplacés), les retournement de positions qui se sont déroulés les mois et les semaines précédents le scrutin sont des ombres au tableau idyllique qu’on pourrait se faire de la politique française.


Commençons par Valérie Pécresse qui, en trois semaines, est passée du chaud au froid, cherchant de toute évidence à être du bon côté du manche. Eric Ciotti, encore lui, fut le directeur de campagne de François Fillon lors de sa candidature à la présidence du parti. Avec lui, il crée le Groupe dissident Rassemblement-UMP, allant même jusqu’à dire : « J’ai de l’affection pour Nicolas Sarkozy, mais je considère que, pour 2017, le meilleur pour devenir président de la République, c’est François Fillon. » On sait qu’il vira de bord et se rangea sous la bannière sarkoziste, entraînant avec lui les maires LR aux ordres (lire plus haut…).


Quant à Laurent Wauquiez, lui aussi avait choisi le mauvais cheval après avoir été très proche de celui qui devait s’avérer être le bon. Autre… pointure qui a changé de monture au dernier moment, Pierre Lellouche que l’on connut à Cannes, commandité par Jacques Chirac et sa femme pour arracher la Mairie des mains de Michel Mouillot. Le Chiraquien François Barouin, se voyait sans doute déjà devenir le premier ministre d’un Sarkozy triomphant au second tour face à Marine Le Pen. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu, les sondages ne réagissant pas suffisamment tôt pour que de nouveaux transferts s’opèrent en toute... impunité.


On le savait, tous ces amis de plus ou moins 20 ans s’aiment eux non plus. Dans ce contexte Michèle Tabarot et son frère Philippe, alors même que les sondages étaient catastrophique pour François Copé, l’ont accompagné jusqu’au bout de son chemin de croix. Pour eux, la fidélité en amitié ne semble pas être un vain mot...


On peut imaginer que François Fillon, s’il est élu, pragmatisme aidant, pardonnera à certains félons leur choix et leur imprévisible retournement. Surtout ceux qui ont su réagir le plus vite à l’annonce des résultats et se ranger derrière le gagnant, comme Bruno Le Maire ou encore Eric Ciotti, encore lui... Pour d’autres se sera le retour à la case départ, pas de maroquin, pas d’investiture non plus. C’est pour cela, on le comprendra, que la campagne du second tour se durcit, les présumés perdants jetant toutes leurs forces pour protéger leur acquis et leur avenir aussi.


Décidément la série des événements improbables continue. Après le Brexit, ce fut l’élection de Trump et voilà que François Fillon, un moment absent du tiercé de tête, coiffe les favoris sur le poteau.