La corruption, plaque tournante de notre humanité…

Catégorie Les paradoxales

Si nous partageons beaucoup de comportements avec le reste de la gente animale, et si les grands singes nous fascinent par leur ressemblance avec nous, nous avons aussi de notables différences. L'avidité à posséder, la pratique convenue du mensonge, le goût maladif du jeu, sont notre exclusive sur cette terre. Ils nous conduisent le plus souvent à des compromissions coupables, des drames aussi.


Si la prostitution est le plus vieux métier du monde, à l'échelle du temps, la corruption est sans doute son plus proche voisin. Il donne lieu lui aussi à un échanges de... services. « Phénomène social, politique et économique complexe, la corruption touche tous les pays et toutes les entreprises réalisant de l'importation ou de l'exportation. Entreprise, filiale, joint-venture, distributeur, prestataire, commercial, fournisseur, chacun est concerné. »

À des degrés divers, aucun continent, aucun pays n'y échappe. Si la corruption est considérée comme une pratique condamnable - principe de réalité oblige - beaucoup de pays occidentaux, ceux-là même qui disent laver plus blanc que blanc et traitent volontiers les autres de Républiques bananière, y cèdent. Surtout lorsqu'il s'agit de marchés aux enjeux considérables : l'armement, le nucléaire, le pétrole…

Le 9 décembre marquera la date anniversaire de la convention des Nations Unies à Mérida au Mexique, signée par 140 pays. Cette convention contre la corruption constitue le premier instrument mondial de lutte contre la corruption et les crimes économiques, y compris le blanchiment d'argent. Incompétence, naïveté, absence de contrôle, négligence, habitude, pression commerciale, sentiment d'impunité ou peur, un acte de corruption a vite fait de se glisser dans les flux internationaux des produits dans les pays d'exportation ou d'importation... Volontaire ou non, il peut fermer les portes d'un marché d'une entreprise pour de nombreuses années !


- Anne Le Rolland - photo (c) Emmanuelle Freget -


« La jurisprudence des dernières années a renforcé la sensibilisation des entreprises » explique Anne Le Rolland, présidente d'Acte International, expert référent de la lutte contre la corruption. En effet, les condamnations pénales et financières des grands groupes ou de leurs prestataires, et les actions très remarquées des anglais et américains dans la poursuite des entreprises privées impliquées, ont révélé aux PME comme aux grands groupes, les risques financiers, économiques et commerciaux de la corruption dans le commerce mondial. Enfin, la mobilisation constante d'ONG comme Transparency International ou Pacte Mondial sensibilise les citoyens et les salariés.

Où commence et où s'arrête un acte de corruption ? Les entreprises souhaitent aujourd'hui comprendre où commence et où s'arrête un acte de corruption. « La différence est encore trop vague entre recevoir une boite de chocolat ou donner des produits pour influencer une action/une autorité.  S'agit-il d'un cadeau de courtoisie ou d'une tentative de corruption qui sous-entend un avantage indu en échange ?» poursuit Anne Le Rolland. Et quelle est la bonne attitude… commerciale à avoir dans des pays à faible gouvernance où la corruption est un modèle économique difficile à contourner ?

On l'a vu sur les dossiers qui touchent les enjeux liés à l'urbanisme ont donné lieux à bien des ententes pas toujours au dessus de tout soupçon avec, des conséquences dramatiques comme on pu voir dans des zones inondables… Même le sport surtout professionnels n'est pas à l'abri. Les scandales qui touchent la FIFA, les JO, l'athlétisme… viennent nous le rappeler… sans doute la partie immergée d'un immense iceberg qui ne semble guère touché par le changement climatique...