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Les Rameaux des pieds-noirs...

Le dimanche des Rameaux est celui qui précède Pâques.

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Il commémore deux événements. L’entrée de Jésus à Jérusalem où il fut acclamé par une foule agitant des palmes et la Passion du Christ et sa mort sur la croix. À chacune de ses célébrations, les pieds noirs se rappellent un temps heureux et à jamais révolu... Jocelyne Mas ne peut s’empêcher d’être émue à cette évocation d’une fête qui la ramène à une heureuse enfance, à son paradis perdu... l’Algérie.


Les rameaux fleuris de notre enfance

Chez nous en Algérie les rameaux étaient des petits arbustes de papier coloré et brillant ; à chaque branche se balançaient des fruits confits, des mandarines confites, des sucreries, des chocolats, mais on n’avait le droit d’y goûter qu’après la messe ! Les vitrines des boulangeries se paraient de couleurs, le papier de soie brillait sous les rayons du soleil et ondulait au moindre souffle d’air. Après la messe, on revenait par la rue Bab-Azoun, là où en 1841 se tenait le marché aux esclaves, où se mêlaient sous ses arcades des odeurs d’épices de cotonnades, de miel, de beignets. Dans une ambiance de fête on se mêlait aux femmes mauresques : silhouettes dansantes dans leurs grandes djellabas blanches, un haïck brodé dissimulant leurs visages, ne laissant voir que leurs yeux noirs cernés de khôl.

La promenade favorite des Algérois était la forêt de Sidi-Ferruch où l’on peut voir la Koubba de Sidi-Fredj, Marabout vénéré qui donna son nom à ces lieux. C’est là que débarquèrent les

Français en 1830. Nous y allions spécialement le lundi de Pâques, le dimanche étant réservé à la messe, et au grand repas de famille. Nous nous rendions tous, ayant revêtu nos habits de fête, à Notre-Dame d'Afrique, immense basilique surplombant la mer. De là-haut nous avions une vue féérique sur la baie d'Alger, vision dont nous ne nous lassions jamais.

Le lundi, à peine arrivés à la forêt, il fallait chercher les plus grands des pins parasols pour leur ombre bienfaisante. Une fois installés on dégustait la traditionnelle Mouna avec pour se désaltérer du Sélecto. La mouna est une sorte de brioche recouverte de petits grains de sucre, parfumée à la fleur d'oranger, elle est originaire d’Oran, une ville qui se situe au pied du Pic d’Aïdour avec son vieux fort espagnol de Santa Cruz et sa chapelle de la Vierge. À Pâques, les Oranais se réunissaient sur la montagne avoisinant le Fort Lamoune, pour pique-niquer sur l’herbe, dégustant le fameux riz espagnol, au poulet et pour le dessert, il y avait cette fameuse...

Les parents jouaient aux boules, calculant pendant des heures les écarts entre les boules. Cela nous faisait rire et nous, les enfants, nous courrions toute la journée, grimpant aux arbres et faisant un semblant de sieste sous les parasols. Étant la plus grande, j’étais chargée par ma mère de régler les « chaklalas » (les disputes) entre tous les enfants. Le soir on s’arrêtait au vivier, pour déguster crustacés et coquillages. En repartant, on passait devant un grand restaurant, « La Potinière » et systématiquement, mon père disait à ma mère : « Un jour, je t’emmènerai dans ce restaurant ! ». Finalement, ils n’y sont jamais allés.

Extrait de « Chez nous en Algérie, la Méditerranée était au nord » Prix du Mérite Culturel.