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Cannes : le Carlton InterContinenal fête

ses cinq fois vingt ans.

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Ce Palace n’est pas ordinaire, si tant est qu’un palace puisse l’être... Son histoire est intimement liée à celle de la ville, à l’Histoire tout court, comme à celle du Festival du film. L’histoire croisée d’un Palace et d’un village de pêcheurs destiné à devenir une place forte du tourisme international, contée à l’occasion de son centenaire.

Dans le Grand Salon, illuminé de mille feux, les 150 convives invités au déjeuner du Centenaire ont tous eu la sensation de vivre un moment historique : 1813 – 2013. Les pages du calendrier de la mémoire défilent. Avec dans le premier rôle celui de Henri Ruhl. Ce dernier achète l’Hôtel de la Plage (20 chambres mais une seule salle de bain...) idéalement situé au milieu de la baie. Impressionné par les dimensions et le style du Carlton de Londres, il demande alors aux architectes Charles Dalmas et au Cannois Marcellin Mayère, de s’en inspirer tandis qu'Auguste Escoffier planche sur les cuisines. Naîtra une première version complétée bientôt par la réalisation d’une seconde aile et de la présence des généreux seins de la Belle Otero dressés à la verticale... Le Carlton de Cannes est inauguré en 1813.

  - le Carlton en 1931 -

Mais Cannes est toujours un village et il faudra attendre la venue improbable du très britannique Lord Henri Brougham en 1834 pour qu’il s’inscrive définitivement sur la carte des destinations touristiques les plus recherchées au monde. Peu de temps après, c’est au tour de la noblesse impériale russe d’investir les lieux.

Le Grand Duc Michel Mikhaïlovitch qui, par amour pour la fille de Pouchkine, une roturière, choisit l’exil, découvre le site en 1835. Il s’y installe et se plait à en faire une capitale des sports élégants et des mondanités. Il contribue à la création : des Régates de Cannes, du golf Old course de Mandelieu-La Napoule en 1891 ainsi que de divers clubs de croquet, de squash et de tennis. Le tennis à l’anglaise se pratique alors sur gazon. Désespérant de pouvoir y jouer sur la Côte, une expérience est tentée qui débouche sur l’invention du tennis sur terre battue. Un petit malin a en effet l’idée de récupérer les poteries cassées et les rebuts des potiers de Vallauris. Broyés finement, ils sont répandus sur les cours. Le... tour est joué !

Clin d’œil à cette période faste pour la ville, la direction du Carlton, après de nombreuses recherches avait invité pour fêter cet anniversaire Lady Butter, petite fille du Grand Duc Michel, 88 ans. Elle a 18 mois lorsqu’elle séjourne pour la première fois à l’hôtel. Dans un français impeccable, elle a évoqué avec émotion quelques anecdotes sur sa famille qui venait y passer l’hiver. Autre temps, autres mœurs. À cette époque, il n’était pas de bon ton de prendre des coups de soleil et de gâcher ainsi la blancheur de sa peau... Les hôtels étaient ainsi quasiment tous fermés en été.

Autre hommage sur la place remarquable occupé par le Palace cannois dans la vie de la cité, la présence pour le déjeuner du Centenaire, de Gilles Jacob, président du Festival du Film. Là aussi, le Carlton a joué un rôle significatif en accueillant dès le début les membres des jurys et en prêtant ses espaces à la manifestation qui allait devenir la seconde plus importante au monde. Début modeste pourtant, l’édition de 1946 accrédite seulement 6 journalistes, et un...royal hachis Parmentier est servi au dîner de clôture... C’est surtout après le passage d’Alfred Hitchcock qui y tourne La main au collet avec Grâce Kelly et Cary Grant, que le Carlton devient le lieu de villégiature favori des Américains. 

- Hitchcock, Grace Kelly et Cary Grant -1954 -

Mais l’histoire avec un grand H aura eu rapidement rendez-vous avec le Carlton lorsqu’en janvier 1922 eut lieu la 1ère Conférence de la Société des Nations. Malgré un constat d’échec, l’entreprise réussit à pérenniser le concept relayé plus tard par l’ONU. Quand le président des Etats Unis d’Amérique Barack Obama vient à Cannes lors du G20 de 2011, il n’a pas oublié et réclame la suite 623, celle occupée justement par le représentant américain à la Conférence, le colonel Harvey...

Autre élément fédérateur du palace azuréen, les menus, qu’ils soient servis au restaurant où en saison à la plage, complétés par la carte des champagnes, des vins, et des whiskys même si maintenant s’y ajoute celle des meilleures vodkas... Si la cuisine du Palace a connu la consécration des Étoiles Michelin, jusqu’à en abriter quatre en même temps, depuis une quinzaine d’année, ce n’est plus son souci. La cuisine de Laurent Bunel prouve s’il le fallait qu’on peut faire de la gastronomie sans étoiles et sans pression autres que celles qu’on veut bien se donner. Il s’agit ici de satisfaire une clientèle variée, et d’être performant lors des grands galas qui ponctuent les événements incontournables, Midem, Mipim, Taxe free... ne comptons pas le Festival...

Ce déjeuner qui donnait le coup d’envoi des festivités organisées pour le Centenaire de cette institution, a tenu ses promesses. Un menu impérial inspiré par ceux concoctés au début du 19ème siècle pour les grands de ce monde (lire en annexe le détail) pour une assemblée assez représentative de son histoire, notables, édiles, journalistes et chroniqueurs, clients de marque. Didier Boidin, ex plus jeune directeur de Palace et du Carlton avait tenu à être de la célébration, tandis que Gilles Jacob président du Festival du Film témoignait par sa présence des liens pérennes entre les deux institutions. Sans oublier bien sûr Lady Butter et sa descendance... En guise de feu d’artifice, apparaissait une Marylin éternelle venue mettre la cerise sur le gâteau d’anniversaire.

- François Chopinet, directeur de l'InterContinental Carlton Cannes depuis juillet 2005, félicitant Laurent Bunel et sa brigade -

Le Chef des Cuisines, Laurent Bunel mit à l’honneur la cuisine d’antan en proposant un Menu Centenaire de douze plats avec un rappel des trois services, à la française, à l’anglaise et à la russe :

Potage

Consommé de crabe dormeur à la Bourgeoise 

Hors d’œuvres

Médaillon de homard Belle Otero – Artichaut Antibois

Relevé

Quenelle de brochet Bohémienne- Croustade d’écrevisses Cardinale

Entrées

Cocote de volaille à la Pompadour

Rôts

Carré d’agneau à la Française

Entremets

Coupeton de chou – Pommes gaufrettes

Desserts

Riz à l’Impératrice – Fruits de saison

Savarin  selon Monsieur Anthelme 

Vins

Vin blanc : Chablis premier cru Vau-de-Vey

Vin rouge : Château d’Esclans, cuvée Déesse

Champagne

Nicolas Feuillade Grand cru Millésime 2005

Palme d’Or Brut Millésime 1998